‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 170 sur 649 · AUX ÉCRIVAINS : RESPECT DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

AUX ÉCRIVAINS : RESPECT DE LA VÉRITÉ

Il est temps de respecter la vérité. Il y a deux mille ans que l'on écrit , et deux mille ans que l'on flatte. Poètes, orateurs, historiens, tout a été cornplice de ce crime. Il y a peu d'écrivains pour qui l'on n'ait à rougir; il n'y a presque pas un livre où il n'y ait des mensonges à effacer. Les quatre Siècles des Arts, monuments de génie, sont aussi des monuments de bassesse. Qu'il en naisse un cinquième , et qu'il soit celui de la vérité. La flatterie, dans tous les siècles, l'a bannie des cours; la mollesse de nos mœurs la bannit de nos sociétés; l'effroi la repousse de nos cœurs, quand elle y veut descendre.

0 écrivains ! qu'elle ait un asile dans vos ouvrages ; que chacun de vous fasse le serment de ne jamais flatter, de ne jamais tromper.

Avant de louer un homme , interrogez sa vie ; avant de louer la puissance, interrogez votre cœur. Si vous espérez , si vous craignez , vous serez vils. Ètcs-vous destinés par vos talents à la renommée, songez que chaque ligne que vous écrivez ne s'effa- ' ccra plus; montrez-la donc d'avance à la postérité qui vous lira , et tremblez qu'après avoir lu, elle ne détourne son regard avec mépris. Non , le génie q'iîSI pus fait pour trafiquer du mensonge avec la

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MORALE RELIGIEUSE

fortune ; il a dans son cœur je ne sais quoi qui s'indigne d'une faiblesse , et sa grandeur ne peut s'avilir sans remords.

Juger de tout , apprécier la vie , peser la crainte et l'espérance , voir et l'intérêt des hommes et l'intérêt des sociétés , s'instruire par les siècles et instruire le sien , distribuer sur la terre et la gloire et la honte , et faire ce partage comme Dieu et la conscience le feraient , voilà sa fonction ; que chacune de ses paroles soit sacrée , que son silence même inspire le respect et ressemble quelquefois à la justice. Un conquérant qui aimait la gloire, mais plus avide de renommée que juste , s'étonnait de ce qu'un homme vertueux , et que tout le peuple respectait, ne parlait jamais de lui. Il le manda. « Pourquoi, dit-il, les hommes les plus sages de mon empire se taisent-ils sur mes conquêtes? s « Prince , dit le vieillard , les sages des iècles suivants le diront à la postérité ; s et il se retira,

THOMAS. Essai sur les éloges.

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