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LE RESPECT DES CHINOIS POUR LES TOMBEAUX

Paris, où l'on vient apprendre la décence et l'urbanité, est le lieu du monde où l'on a le moins de respect pour les restes des objets qui nous ont été chers. L'homme, livré dans celte vaste capitale à une infinité de goûts frivoles, ne conserve aucun souvenir de ses semblables, dès qu'ils sont morts. Ils n'ont d'autres lieux de sépulture que des fosses profondes où l'on précipite chaque jour, sans aucune distinction de sexe ni d'âge, les femmes, les enfants, les vieillards, jusqu'à ce qu'elles soient remplies» L'ami ne peut plus reconnaître les cendres de son ami dans ces voiries humaines ; il craint même de s'approcher de ces gouffres de la mort d'où s'exhalent sans cesse des vapeurs funestes aux vivants '.

Il n'eu est pas ainsi chez les Chinois, ce peuple le plus ancien de la terre, parce que s&is gouvernement est fondé sur les lois de la nature. Leurs tombeaux font un des priccipaux ornements des environs de leurs villes. Chaque famille a en propriété une petite portion de terre dans les collines du voisinage. Elle y fait creuser une grotte, où elle dépose, avec un respect religieux, le corps de ses parents : l'entrée de la grotte est décorée de quelques arbres, à l'ombre desquels se reposent souvent les voyageurs. Lorsqu'un corps est consommé par le temps et par la chaux, on l'ensevelit. Le plus proche parent, vêtu d'une grosse étoffe de chanvre, et ceint d'une corde, vient, à la tête de la famille, en recueillir les ossements ; il les dépose dans une urne de porcelaine , qu'il place avec celles de ses ancêtres , dans une chambre particulière de sa maison. C'est là qu'il retrouve des urnes pleines de pleurs, suivant l'expression de Juvénal. Il y voit ainsi d'un coup d'œil ses nombreux aïeux , qui se sont succédé pendant plusieurs siècles. Le sen-

i Plusieurs des ahus signalés par l'auteur ont disparu depuis, (N.-E.)

timent d'une longue antiquité est dans sa famille, comme il est dans l'empire. Elle voit, à la suite les uns des autres, les auteurs auxquels elle doit le jour; et, plusieurs fois par an, elle invoque, par des sacrifices et des libations, leurs esprits qu'elle croit retournés dans les cieux ; elle les prie de lui inspirer de bons conseils, et de présider à ses destinées. C'est sans doute à des rites aussi touchants, et à ces sentiments religieux envers leurs parents morts, que les Chinois doivent l'amour qu'ils portent à leurs parents vivants et à leur patrie. Leurs tombeaux sont les fondements de leur empire, qui dure depuis plus de quatre mille ans.

le même. Harmonies de ta Nature, tome n

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