LA BEAUMELLE A VOLTAIRE , APRES UNE COMMUNE DISGRACE
Nous voilà libres , monsieur ; vengeons-nous des disgrâces en nous les rendant utiles. Laissons toutes ces petitesses littéraires, qui ont répandu tant de nuages sur le cours de votre vie , tant d'amertume sur ma jeunesse. Un peu plus de gloire, un peu plus d'opulence : qu'est-ce que tout cela ? Cherchons le bonheur, et non les dehors dv bonheur. La plus bi-lllanle réputation ne vaut jamais ce qu'elle coûte. Charles- Quint' soupire après la retraite; Ovide souhaite d'être un sot.
tOritO avec Racine et Roileau. voLTAinK , lettre , du Uclîanii, Ui novembre 1773.
LETTRES
Nous voilà libres. Je suis hors Je la Bastille ; vous n'êtes plus à la cour de Berlin. Profitons d'un bien qu'on peut nous ravir à tout moment. Respectons cette grandeur dangereuse à ceux qui l'approchent, et cette autorité terrible à ceux mêmes qui l'exercent ; et s'il est vrai qu'on ne peut penser sans risque, ne-pensons plus. Tous les plaisirs de la réllexion valent-ils ceux de la sûreté? Croyons-en, vous soixante ans d'expérience, moi six mois d'anéantissement. Soyons plus sages , ou du moins plus prudents ; et les rides de la vieillesse, et le souvenir des verrous, ces outrages du temps et du pouvoir , deviendront pour nous de vrais biens.