‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 201 sur 649 · MADAME DE MAINTENON A SA NIÈCE · texte numérisé non relu

MADAME DE MAINTENON A SA NIÈCE

Je vous aime trop, ma chère nièce, pour ne pas vous dire vos vérités ; je les dis bien aux demoiselles de Saint-Cyr , et comment vous négligerais-je, vous que je regarde comme ma propre fille ? Je ne sais si c'est vous qui leur inspirez la fierté qu'elles ont, ou si ce sont elles qui vous donnent celle qu'on admire en vous. Quoi qu'il en soit , vous serez insupportable si vous ne devenez humble. Le ton d'autorité que vous prenez ne convient point.

Vous croyez-vous un personnage important, parce que vous êtes nourrie dans une maison où le roi va tous les jours ? Le lendemain de sa mort , ni son successeur, ni tout ce qui vous caresse, ne vous regardera , ni vous, ni Saint-Cyr. Si le roi meurt avant que vous soyez mariée , vous épouserez un gentilhomme de province avec peu de bien et beaucoup d'orgueil. Si, pendantmavie, vous épousez un seigneur , il ne vous estimera , quand je ne serai plus , qu'autant que vous lui plairez ; et vous ne lui plairez que par la douceur , cl vous n'en avez point. Je ne suis pas prévenue contre vous ; mais je vois en vous un orgueil effroyable. Vous savez l'Évangile par cœur; et qu'importe , si vous ne vous conduisez point par ses maximes !

Songez que c'est uniquement la fortune de votre tante qui a fait celle de votre père , et qui fera la vôtre , et moquez-vous des respects qu'on vous rend. Vous voudriez vous élever même au-dessus de moi : ne vous flattez point ; je suis très-peu de chose , et vous n'êles rien.

Je vous parle comme à une grande fille , parce que vous en avez l'esprit. Je consentirais de bon cœur que vous en eussiez moins , pourvu que vous perdissiez celte présomption ridicule devant les hommes, et criminelle devant Dieu. Que je vous retrouve , à mon retour , uiodcslc , douce , timide,

docile, je vous en aimerai davantage. Vous save. quelle peine j'ai à vous gronder, cl quel plaisjj'ai à vous en faire.

J.-J. ROUSSEAU A UN JEUNE HOMME QUI DEMANDAIT A S'ÉTARLIR A MONTMORENCY , POUR Y PROFITER DE SE- LEÇONS.

Vous ignorez , monsieur , que vous écrivez à un pauvre homme accablé de maux, et de plus fort occupé, qui n'est guère en état de vous répondre, et qui le serait encore moins d'établir avec vous la société que vous lui proposez. Vous m'honorez , en pensant que je pourrais vous y être utile , et vous êtes louable du motif qui vous le fait désirer ; mais , sur le motif même , je ne vois rien de moins nécessaire que de vous établir à Montmorency : vous n'avez pas besoin d'aller chercher si loin les principes de la morale.

Rentrez dans votre cœur , et vous les y trouverez ; et je ne pourrai rien vous dire à ce sujet , que ne vous dise encore mieux votre conscience, quand vous la voudrez consulter. La vertu , monsieur, n'est pas une science qui s'apprend avec tant d'appareil : pour être vertueux, il suffit de vouloir l'être ; et , si vous avez bien celte volonté , tout est fait ; votre bonheur est décidé.

S'il m'appartenait de vous donner des conseils, le premier que je voudrais vous donner serait de ne point vous livrer à ce goûl que vous dites avoir pour la vie contemplative , et qui n'est qu'une paresse de l'âme , condamnable à tout âge , et surtout au vôtre. L'homme n'est point fait pour méditer, mais pour agir; la vie laborieuse que Dieu nous impose n'a rien que de doux au cœur de l'homme de bien qui s'y livre en vue de remplir son devoir , et la vigueur de la jeunesse ne vous a pas été donnée pour la perdre à d'oisives contemplations.

Travaillez donc , monsieur . dans l'état où vous ont placé vos parents et la Providence : voilà le premier précepte de la vertu que vous voulez suivre ; et si le séjour de Paris , joint à l'emploi que vous remplissez , vous paraît d'un trop difficile alliage avec elle , faites mieux , monsieur , retournez dans votre province ; allez vivre dans le sein de votre famille; servez, soignez vos vertueux parents : c'est là que vous remplirez véritablement les soins que la vertu vous impose.

Une vie dure est plus facile à supporter e province que la fortune à poursuivre à Paris surtout quand ou sait, connue vous ne l'ignore pas , que les plus indignes manèges y font plu de fripons gueux que de parvenus. Vous ne deve point vous estimer malheureux de vivre coinm

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fait monsieur votre père ; et il n'y a point de sort que le travail, la vigilance, l'innocence et le contentement de soi ne rendent supportable, quand on s'y soumet en vue de remplir son devoir.

Voilà , monsieur , des conseils qui valent tous

ceux que vous pourriez venir prendre à Monfmo. rency : peut-être ne seront-ils pas de votre goût, et je crains que vous ne preniez pas le parti de les suivre : mais je suis sûr que' vous vous en repentirez un jour. Je vous souhaite un sort quine vous force jamais à vous en souvenir.

DISCOURS ET MORCEÀJJX ORATOIRES

Que, dans tous vos discours ,1a passion ('•mue Aille chercher le cœur , réchauffe , le remue. boileau. Artpoét-, chant lit.

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