LE MARÉCHAL DE BIRON 3 A SES JUGES
Je vous ai rétablis, messieurs, sur les fleurs de lis , d'où les saturnales de la Ligue vous avaient chassés. Ce corps, qui dépend de vous aujourd'hui, n'a veine qui n'ait saigné pour vous. Cette main, qui a écrit ces lettres produites contre moi , a fait tout le contraire de ce qu'elle écrivait...
Il est'vrai , j'ai écrit , j'ai pensé , j'ai dit, j'ai parlé plus que je ne devais faire. Mais où est la loi qui punit de mort la légèreté de la langue et le mouvement de la pensée ? Ne pouvais-je pas desservir le roi en Angleterre et en Suisse ? Cependant j'ai été irréprochable dans ces deux ambassades; et, si vous considérez avec quel cortège je suis venu, dans quel état j'ai laissé les places de Bourgogne, vous reconnaîtrez la confiance d'un homme qui compte sur la parole de son roi, et la fidélité d'un sujet, bien éloigné de se rendre souverain dans son gouvernement...
J'ai voulu mal faire; mais ma volonté n'a point passé les bornes d'une première pensée, enveloppée dans les nuages de la colère et du dépit ; et ce serait chose bien dure, que l'on commençât par moi à punir les pensées. La reine d'Angleterre m'a dit que , si le comte d'Essex eût demandé pardon , il l'aurait obtenu ; je le demande aujpur-
le moins, aux anciens dans cette harangue, du genre de celles dont ils parsemaient leurs ouvrages. 3 Fils du précédent.
ET MORCEAUX ORATOIRES
d'huî : le comte d'Esscx était coupable , et moi je suis innocent.
Est-il possible que le roi ait oublié mes services? Ne se souvient-il plus du siège d'Amiens, où il m'a vu tant de fois , couvert de feu et de plomb, courir tant de hasards , pour donner ou pour recevoir la mort? Le cruel ! il ne m'a jamais aimé que tant qu'il a cru que je lui étais nécessaire. Il éteint le flambeau en mon sang, après qu'il s'en est servi. Mon père a souffert la mort pour lui mettre la couronne sur la tète ; j'ai reçu quarante blessures pour la maintenir ; et, pour récompense, il m'abat la tête des épaules. C'est à vous, messieurs , d'empêcher une injustice qui déshonorerait son règne, et de lui conserver un serviteur, à l'État un bon guerrier , et au roi d'Espagne un grand ennemi '.
t!J MÊME.
CUSTAVE EXCITE LES DALÉCAKL1ENS A DÉLIVRER LA SUÈDE DE LA TYRAÙNIE DE CHRISTIERN.
Il leur présenta d'une manière vive et touchante les derniers malheurs de leur patrie : que tous les sénateurs et que les principaux seigneurs du royaume venaient d'être massacrés par les ordres barbares de Christiern ; que ce prince cruel avait fait égorger les magistrats et la plupart des bourgeois de Stockholm ; que ses troupes, répandues ensuite dans les provinces, y commettaient tous les jours mille violences; qu'il avait résolu, pour assurer sa domination, d'exterminer indifféremment tous ceux qui étaient capables de défendre la liberté de leur patrie ; qu'on n'ignorait pas combien ce prince haïssait les Dalécarliens , dont il avait éprouvé la valeur et le courage pendant le règne du dernier administrateur ; qu'ils lui étaient trop redoutables pour n'avoir pas tout à craindre d'un prince si perfide et si cruel ; qu'on avait appris que , sous prétexte de quartier d'hiver , il devait faire passer des troupes dans leur province, pour les désarmer, et qu'ils verraient au premier jour leurs ennemis, maîtres de leurs villages, disposer insolemment de leur vie et de leur liberté , s'ils ne les prévenaient par une généreuse résolution ; que leurs pères et leurs ancêtres avaient toujours préféré la liberté à la vie ; que toute la Suède jetait les yeux sur eux pour voir »'ils marcheraient sur leurs traces, et s'ils en
«Cbarlcs de Gonlaut.dtic <Ic Biron , pair, amiral et maréchal de France , naquit en 1561. U se couvrit de gloire à la bataille d'Arqués , a celle dlvry , aux sièges de Paris, de Rouen, et au combat d'Aumalc. Quoique bien récompensa par Henri IV pour ses services rendus â la France, Biron, alors ambassadeur en Suisse, dans les Pays-Bas , et en Angleterre, conspira contre ce diane monarque, et traita secrète-
avaient hérité la haine qu'ils avaient toujours fai£ paraître contre la domination étrangère ; qu'il était venu leur offrir sa vie et son bien pour la défense de leur liberté ; que ses amis et tous les véritables Suédois se joindraient à eux au premier mouvement qu'ils feraient paraître ; qu'il était assuré, d'ailleurs , d'un secours considérable des anciens alliés de la Suède ; mais que , quand mémo ils n'auraient pas des troupes égales en nombre à celles des Danois, ils étaient encore trop forts, ayant la mort de leurs compatriotes à venger, et leur propre vie à défendre ; et que , pour lui , il aimait mieux la perdre l'épée à la main que de l'abandonner lâchement à la discrétion d'un ennemi perfide et cruel.
vkrtot. Révolutions de Suède.