LE SOUVERAIN, OU LOUIS XIV
Que de dons du ciel ne faut-il pas pour bien régner ! Une naissance auguste, un air d'empire
» Cette noble image qui termine reloge du roi , renferme une allusion délicate à un fait célèbre de l'histoire romaine, et laisse beaucoup plus à découvrir qu'elle ne montre. On s'imagine assister à l'erçtrevuc ou ropilius, ayant prescrit de la part du sénat des conditions de paix a Anlioclius, cl voyant que ce roi cherchait à éluder, ce fier Romain l'e»-
et d'autorité , un visage qui remplisse la curiosité des peuples empressés de voir le prince , et qui conserve le respect dans un courtisan : une parfaite égalité d'humeur, un grand éloignement pour la raillerie piquante, ou assez de raison pour ne se la permettre point : ne faire jamais ni menaces ni reproches, ne point céder à la colère, et être toujours obéi ; l'esprit facile , insinuant ; le cœur ouvert , sincère , et dont on croit voir le fond , et ainsi très-propre à se faire des amis , des créatures et des alliés : être secret toutefois , profond et impénétrable dans ses motifs et dans ses projets : du sérieux et de la gravité dans lo public : de la brièveté jointe à beaucoup de justesse et de dignité , soit dans les réponses aux ambassadeurs des princes , soit dans les conseils : une manière de faire des grâces qui est comme un second bienfait, le choix des personnes que l'on gratifie : le discernement des esprits, des talents et des complexions pour la distribution des postes et des emplois : le choix des généraux et des ministres : un jugement ferme et solide , décisif dans les affaires , qui fait que l'on connaît le meilleur parti et le plus juste : un esprit de droiture et d'équité qui fait qu'on le suit jusques à prononcer quelquefois contre soi-même en faveur du peuple, des alliés, des ennemis : une mémoire heureuse et très-présente qui rappelle les besoins des sujets, leur visage , leurs noms, leurs requêtes : une vaste capacité qui s'étende non-seulement aux affaires de dehors , au commerce , aux maximes d'État , aux vues de la politique , au reculement des frontières par la conquête de nouvelles provinces , et à leur sûreté par un grand nombre de forteresses inaccessibles , mais qui sache aussi se renfermer au dedans , et comme dans les détails de tout un royaume; qui abolisse des usages cruels et impies , s'ils y régnent ; qui réforme les lois et les coutumes, si elles étaient remplies d'abus; qui donne aux villes plus de sûreté , et plus de commodités parle renouvellement d'une exacte police, plus d'éclat et plus de majesté par des édifices somptueux : punir sévèrement les vices scandaleux; donner, par son autorité et par son exemple, du crédit à la piété et à la vertu : protéger l'Église, ses ministres , ses droits , ses libertés : ménager ses peuples comme ses enfants; être toujours occupé de la pensée de les soulager , de rendre les subsides légers , et tels qu'ils se lèvent sur les provinces sans les appauvrir : de grands talents pour la guerre ; être vigilant , appliqué , laborieux :
ferma dans un cercle qu'il traça autour de lui avec la baguette qu'il avait à la main , et l'obligea de lui rendre une réponse positive avant que d'en sortir. Ce trait d'histoire, dont on laisse au lecteurle soin elle plaisir de taire lui-même l'application , a beaucoup plus de grâce que si on avait cité l'endroit d'où il est tiré. ROl.UN.
ET MORCEAUX ORATOIRES
avoir des armées nombreuses , les commander en personne , être froid dans le péril , ne ménager sa vie que pour le bien de son Élat , aimer le bien de son État et sa gloire plus que sa vie : une puissance très-absolue, qui ne laisse point d'occasion aux brigues , à l'intrigue et à la cabale ; qui ôte cette dislance infinie qui est quelquefois entre les grands et les petits , qui les rapproche , et sous laquelle tous plient également : une étendue de connaissances qui fait que le prince voit tout par ses yeux , qu'il agit immédiatement et par luimême ; que ses généraux ne sont, quoique éloignés de lui , que ses lieutenants , et les ministres que ses ministres : une profonde sagesse qui sait déclarer la guerre , qui sait vaincre et user de la victoire, qui sait faire la paix , qui sait la rompre, qui sait quelquefois , et selon les divers inlérêls , contraindre les ennemis à la recevoir ; qui donne des règles à une vaste ambition, et «ait jusques où
l'on doit conquérir : au milieu d'ennemis couverts ou déclarés, se procurer le loisir des jeux, des fêtes, des spectacles; cultiver les arts et les sciences; former et exécuter des projets d'édifices surprenants : un génie enfin supérieur et puissani qui se fait aimer et révérer des siens , craindre des étrangers, qui fait d'une cour, et même de tou; un royaume , comme une seule famille unie parfaitement sous un même chef, dont l'union et la boffne intelligence est redoutable au reste du monde : ces admirables vertus me semblent renfermées dans l'idée du souverain. \l est \rz' .ju'il est rare de les voir réunies dans un même sujet ; il faut que trop de choses concourent à la fois , l'esprit , le cœur , les dehor» , le tempérament ; et il me paraît qu'un monarque qui les rassemblerait toutes en sa personne , serait bien digne du nom de grand.
LA l'.UTTYtCB.