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puisse lire après La Fontaine , publia , à l'imitation de Marmonlel , Gonzalve de Cordoue et NumaPompilius. Ses jolies pastorales d'Estelle et de Galalée rappellent l'Aslrée de d'Urfé ; mais, sans être entièrement exempt de la fadeur reprochée à son devancier, Florian a , dans son style toujours correct , beaucoup plus de grâce et de variété. Dorât et Crébillon fils , dont le Sopha est si spirituel et si mignon , exagérèrent Duclos et peignirent des mœurs dont on a peine à croire que le modèle ait existé : celles que reproduisent Delaclos et Louvet, dans des romans dont on ose à peine citer le titre , ont été plus réelles, mais la vérité de leurs tableaux, la finesse et la chaleur de leur style ne suffisent pas pour excuser leur immoralité. Ne nous arrêtons ni sur Cazotle , qui se fit connaître par une jolie historiette du Diable amoureux, ni sur Arnaud Baculard , fameux par ses Contes où la sensiblerie pril la place de la sensibilité , et finissons par les trois meilleurs romanciers du xvnie siècle, l'abbé Prévost, Lesage et encore Voltaire. Les Contes de Voltaire sont une œuvre à part que l'on a souvent tenté d'imiter sans jamais y parvenir. Si l'on est presque effrayé de la sanglante ironie qu'il déverse sur toutes les institutions humaines , s'il y a quelque chose d'infernal et qui présage le Méphistophélès allemand dans le ricanement du malin vieillard , quel feu , quelle originalité , que d'esprit et de bon sens dans Candide, dans Zadig, dans Memnon, dans Babouc! Quelle sensibilité vraie et touchante dans l'Ingénu, dans Jeannot et Colin! et partout quelle imagination riche et variée ! quelle parole facile et rapide !
L'abbé Prévost offre un caractère tout opposé ; il plaît par une bonhomie pleine de négligence. Cléveland et le Doyen de Killerine offrent des pages dignes de Goldsmith : son chef-d'œuvre est Manon Lescaut. Avec quel art, ou plutôt avec quel naturel il a su nous attacher à son malheureux chevalier et à sa vagabonde héroïne , et nous attendrir en nous montrant le vice même ennobli , s'il se pouvait, à force d'amour !
Lesage cependant lui est bien supérieur. Il avait rappelé Molière dans Turcaret , il le rappela mieux eiicore dans Gil Blas. Semblable à cet Asmodée que créa son imagination , il pénètre dans l'intérieur des cœurs comme des habitations humaines : chacun de ses personnages a son masque qui n'est qu'à lui; on le voit agir, on l'entend penser; aucun vice, aucun ridicule ne lui échappe, il peint au lieu d'analyser, et telle est la vérité, et, pour ainsi dire, l'inamovibilité de son dessin cl de sa couleur que , tandis que chez d'autres écrivains les mots seuls, cl bien rarement encore, peuvent devenir proverbes, dans Lesage,
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comme dans Cervantes , c'est le personn même qui reste proverbial.
RÉSUMÉ DE 1/11ISTOIRE
lui-
THÉATRE ; TRAGÉDIE , COMÉDIE , DRAME , OPÉRA , OPÉRA-COMIQUE, VAUDEVILLE.
Voltaire est réellement l'âme du xvme siècle ; c'est lui qui s'y présente toujours le premier dans toutes les routes de l'intelligence. Il avait commencé sa carrière littéraire par le drame ; ici il suivit d'abord les idées reçues et l'exemple de ses prédécesseurs : Œdipe et Mariane le prouvent. Dans Zaïre, il fut lui-même; mais à mesure qu'il avançait dans cette voie, combinant avec son génie passionné la mission qu'il s'était donnée de diriger le mouvement des idées de son âge , il sentit que le théâtre aussi pouvait lui servir de tribune.
Dès lors le but de la tragédie fut modifié ; elle devint un moyen de communiquer aux masses des vérités qui fissent sur elles une forte impression par la manière dont elles leur seraient présentées, et qui pussent se graver profondément dans les esprits à l'aide de la précision du vers, et de tout l'intérêt , de toute la pompe dramatique qui les environnaient. Si la philosophie gagna beaucoup à cette méthode, si Voltaire rendit de grands services à son siècle par les principes qu'il mit ainsi en circulation, il faut le reconnaître, l'art y perdait nécessairement ; le poète allait souvent parler par la bouche de ses personnages, et d'une autre part , le besoin d'un auditoire bienveillant l'obligeait à se conformer au goût et aux exigences des spectateurs plutôt qu'aux principes constitutifs du vrai. C'est sous ce rapport qu'on peut comparer Voltaire à Euripide, comme on a justement comparé Corneille à Eschyle, et Racine à Sophocle ; les mêmes circonstances ont amené les mêmes résultats. Voltaire mérite au plus haut degré l'éloge qu'Arislote a fait d'Euripide en l'appelant le plus tragique des poètes , c'est-àdire, non pas celui qui réunit le plus complètement possible toutes les qualités nécessaires au poète tragique , mais celui qui sait le mieux remuer les passions qui sont l'essence de la tragédie, et surtout la pitié. Comme artiste, il sentit que le domaine dans lequel s'était renfermé Racine commençait à devenir trop resserré , il l'agrandit. 11 alla choisir ses héros dans tous les pays , dans tous les siècles et jusque dans son imagination. C'est ainsi que Zaïre , Alzire, Adélaïde Duguesclin, Tancrède, Mahomet, l'Orphelin de la Chine , etc. , varièrent le répertoire dont Rome et la Grèce semblaient avoir le monopole. Ces qualités ne sauraient être trop appréciées; mais si Voltaire les posséda; si, moins pur que Racine, il eut dans son langage quelque
chose de plus brillant , de plus enivrant encore ; s'il saisit l'expression de la passion dans toute son énergie et sa naïveté, il eut en même temps les défauts de ces qualités. On pourrait lui reprocher la fréquente recherche de l'effet théâtral, l'altération gratuite et audacieuse de l'histoire et de la tradition , un style parfois prosaïque ; enfin , dans quelques caractères , ce ton déclamatoire qui est l'effet ordinaire du scepticisme et de l'incrédulité dans le poète. Cependant plusieurs de ses pièces et surtout Mérope sont à l'abri de tout blâme, et vont se placer auprès de Cinna et du Cid, de Phèdre et iïAthalie, à la tête des chefs-d'œuvre du théâtre français.
Avant que Voltaire eût répandu sur la scène une lumière nouvelle , un homme avait déjà tenté de se dérober à l'imitation de Racine. Crébillon , aussi étranger à son siècle qu'à l'antiquité et au moyen âge, obscur dans ses plans , barbare dans son langage , inhabile à exprimer la pitié, l'amour, et aucune des passions douces , ne sachant pas donner à celles qu'il représentait le développement graduel que réclame la scène , sut pourtant faire effet par les couleurs sombres et fortes dont il peignit quelques caractères et quelques événements. Mais malgré les beautés partielles que l'on peut admirer dans Idoménée, Catilina, Electre, Atrée et Thyeste , et surtout Rhadamisle et Zénobie, la meilleure de ses pièces, nous avons peine à comprendre aujourd'hui , même en faisant la part de l'envie , comment Crébillon put balancer dans son siècle la réputation de Voltaire.
Lagrange-Chancel avait précédé Crébillon; mais il est beaucoup plus connu par le scandale de ses fameuses diatribes contre le régent de France qu'il osa intituler les Philippiques , que par ses tragédies. Jugurtha, quoique Racine n'ait pas dédaigné , dit-on , de corriger cette pièce , Amasis et Ino,Alcesle, Oreste et Pylade, Cassius et Viclorinus, sont aujourd'hui entièrement oubliées et méritent de l'être. C'est à peu près dans ce temps que parurent, à peu de distance l'une de l'autre , le Mahomet II de Lanoue,. qui n'est pas sans intérêt tragique , et Ylphigcnie en Tauride de Guimond de Latouche , qui a reproduit quelquefois la vérité et la simplicité grecques. Chàteaubrun s'attacha aussi à l'imitation d'Euripide et de Sophocle : son Philoclète est inférieur à celui de La Harpe ; mais il a saisi, dans quelques scènes des Troyennes, l'attendrissement qu'Euripide a répandu sur cette classique infortune. Trois tragiques remarquables à celle époque , parce qu'ils cherchèrent du moins , comme Voltaire, à ouvrir de nouvelles routes à la poésie dramatique, ce sont Saurin , Lemierrc et Dubelloy. Le premier dans Blanche et Guiscard et surtout dans Spartacus , a jeté de belles
DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE
scènes, de beaux vers , quelques nobles accents de philosophie et de liberté. Lcinicrre n'est guère connu que par son langage rocailleux et son imperturbable vanité. Cependant dans Arlaxerce, dans Guillaume Tell, où il devança Schiller, dans la Veuve du Malabar, on trouve une certaine chaleur de sentiment et une certaine verve d'expression. Dubclloy eut l'heureuse idée de transporter l'histoire nationale sur la scène ; mais non talent ne fut pas à la hauteur de son idée. Dans le Siège de Calais, dont le succès fut extraordinaire , dans Pierre le Cruel, dans Gaston et Bayard, il ne lit guère que substituer à la naïveté et à la franchise des vieilles mœurs, l'emphase maniérée de son temps. Gabrielle de Vergi fil sensation par un de ces dénoùments atroces auxquels on nous a si bien accoutumés depuis , mais qui étaient alors une monstruosité.
La tragédie se reposait en quelque sorte depuis Voltaire , lorsque , dans les dernières années du xvme siècle , s'élevèrent deux hommes dignes des plus beaux temps de la littérature. Marie- Joseph Chénier unit son style vigoureux et ses hautes pensées au cri de la liberté naissante ; il fut l'émule d'Alfiéri par le choix des sujets, celui de Voltaire par la diction. Gracchus et Timoléon rappelèrent les sublimes dévouements pour la liberté ; Charles IX , Tibère , Philippe II , Henri VIII, montrèrent la tyrannie sous toutes ses faces, luxurieuse et délirante, dénaturée et fanatique, sombre et hypocrite; les drames de Calas et de Fènèlon offrirent le tableau des déplorables abus de la superstition et de l'intolérance. La pensée et le style de Chénier furent toujours les mêmes et dans ses belles imitations du théâtre grec , et dans ses brillantes épîtres , et dans les hymnes que lui inspirèrent les grandes époques de la révolution. Ducis, le premier tragique de son temps, admirable quand il fait parler la piété filiale, ou qu'il peint de si brûlantes couleurs le climat et les passions arabes, sentit le besoin d'aller puiser chez les étrangers à des sources d'émotions nouvelles. Il transporta Shakspeare sur notre théâtre ; Hamlct, Roméo el Juliette, le roi Lear, Macbeth, Othello, ne sont point des traductions , mais des imitations mâles et énergiques. Malheureusement il n'eut pas la complète intelligence du théâtre anglais ; la critique de notre siècle l'aurait empêché de rétrécir ces grandes compositions, en croyant leur enlever seulement une enveloppe inculte et grossière. Ce qui manque aussi à Ducis , si excellent dans quelques scènes , c'est le talent de composer un plan et de saisir un ensemble. Outre ses tragédies, il a publié sous le nom de Pièces fugitives, »'cs poésies pleines de force et de grâce.
La comédire eut le même sort que la tragédie ;
elle fléchit longtemps et ne se releva que vers la fin du xvuie siècle. Les poêles furent en grand nombre ; mais bien peu d'entre eux peuvent rappeler quelques souvenirs des beaux jours de Molière. Boissy a laissé autant de pièces que ce grand homme ; et parmi toutes ses comédies , qu'il composait, non dans l'intérêt de l'art, mais dans celui de ses acteurs , on ne cite que l'Homme du jour, le Babillard et le Français à Londres. C'est ainsi qu'il ne reste de Desmahis etdc Lanouc que la Coquette corrigée et le Tuteur dupé; de Desforges, que Tom Jones à Londres et la pièce si comique du Sourd ou l'Auberge pleine ; de Darthe , qu'une pièce en un acte , mais elle est charmante et lune des plus spirituelles de ce siècle , les Fausses infidélités, bien supérieure à V Homme personnel et à la Mère jalouse, du même auteur. Ponlde-Veyle , plus connu par un grand nombre de poésies fugitives, écrivit en prose des comédies assez spirituelles, le Complaisant, le Fat puni et le Somnambule. Champfort, à qui sa tragédie de Mustapha el Zéangir , et surtout son Eloge de La Fontaine devaient procurer une réputation méritée, s'était déjà fait connaître par sa Jeune Indienne. Goldoni, après avoir enrichi le théâtre italien d'une foule de comédies, composa pour la France sa meilleure pièce, le Bourru bienfaisant. Palissot , bon critique d'ailleurs , mit dans les Philosophes et dans son poème de la Dunciade, cette satire âpre et personnelle qui n'est point de la gaieté, dont La Fontaine, qui l'aurait cru ! avait donné l'exemple dans sa comédie du Florentin, et que Voltaire renouvela avec bien plus d'amertume dans l'Écossaise.
Mais les vrais comiques du commencement du xyih1- siècle sont Lesage , Piron et Gresset. Chacun d'eux cependant ne réussit pleinement qu'une seule fois, mais chacune des trois pièces fut un chef-d'œuvre. Le Turcarct de Lesage représenta avec une verve digne de Molière l'avidité, l'insolence, la bassesse, la slupide vanité des financiers de son temps et du peuple d'agioleurs qui intriguait autour d'eux; c'est le vice à nu fouetté jusqu'au sang avec la verge du ridicule. Turcarct est digne de G il Blas. La Tontine et Crispin rival de son maître ne sont pas indignes de Turcarct. Piron s'était essayé dans le genre tragique, mais avec peu de succès. Callisthène, Fernand Corlès, Gustave Vasa, ne se distinguent en rien de la foule des tragédies de celte époque. Mais la Métromanie est un ouvrage du plus haut mérite. Quoique tout le comique se porte sur un seul personnage plutôt imaginaire que réel, il y a tant de vigueur et de naturel dans la manière dont le poète l'a saisi, que cet ouvrage suffit à la gloire de Piron, el fait oublier les rimes infâmes qui déshonoièiciu SOU nom. Piron, dan".
si
RESUME DE L'HISTOIRE
?a Métromanie, avait provoqué le rire par la peinture d'un ridicule inoffensif et presque intéressant; Gresset, dans le Méchant, attaqua le vice devenu une affaire de mode et un point d'honneur. La réalité du tableau, l'extrême élégance de la versification, la foule de vers proverbiaux à force d'esprit et de vérité , dont le Méchant est semé , firent oublier la froideur et le défaut de gaieté inhérent à un caractère odieux sans être ridicule.
Cependant on cherchait à s'éloigner de plus en plus de la roule qu'avait tracée Molière ; mais le mauvais goût qui accompagnait alors les mauvaises mœurs s'opposait à toute heureuse modification. On voulut innover à tout prix, et l'on ne put corriger l'ennui qu'avec de l'affectation ; le naturel devint du prosaïsme et du larmoyant ; le spirituel du marivaudage. Ce n'est pas que Marivaux ne mérite aucun éloge ; il a poussé jusqu'au plus savant raffinement le comique d'observation , mais ce qu'il observe mérite à peine d'être observé. Il n'offre d'ailleurs ni caractère , ni intrigue. Si l'on a comparé les pièces espagnoles à un écheveau de fil embrouillé que l'on donne à dévider au spectateur, on peut comparer celles dé Marivaux à une pelote d'aiguilles qui ne présente de tout côté qu'une surface hérissée de pointes. Il s'agit ordinairement d'une déclaration; d'un côté on essaye tous les moyens secrets qui peuvent la reculer, de l'autre on hasarde toutes les allusions légères qui peuvent l'amener. Il suit de là que toutes les comédies de Marivaux , l'Epreuve nouvelle , le Legs ; la Méprise, les Jeux de l'Amour et du Hasard ont entre elles une singulière ressemblance. Partout les mœurs sont également fausses et invraisemblables. Il faut avouer cependant que sous ce vernis d'affectation percent souvent bien des pensées brillantes et spirituelles ; et lorsque Marivaux peut se développer plus à l'aise , comme dans le roman , il se fait lire avec plaisir. Quoiqu'on puisse reprocher des longueurs à sa Mariane , roman écrit dans le style de ses comédies , il est encore un des plus agréables qu'ait produits notre langue. Dorât, dans ses pièces de théâtre , ses poëmes, ses héroïdes, ses fables, ses odes, ses poésies fugitives, etc., n'a fait qu'exagérer la manière de Marivaux ; Fagan l'a embellie dans la Pupille et le Rendez vous ; Sainte-Foix , plus connu par son humeui de spadassin et par ses Essais sur Paris que par ses essais dramatiques , l'a reproduite dans l'Oracle. On ne sait cependant si cette forme affectée n'est point préférable encore à la comédie larmoyante dont La Chaussée était alors le modèle.
L'intention de La Chaussée était bonne ; il sentit aussi le besoin de sortir des routes battues , il fut le créateur d'un genre nouveau , le drame ;
mais si Voltaire a dit avec raison : * Tous les genres sont bons , hors le genre ennuyeux , » on ne peut applaudir à la création de La Chaussée. On ne rejuse pas sans doute àr ses drames , surtout à l'Ecole des Ajmis , à l'Ecole des Mères, à la Gouvernante , une sensibilité vraie dans quelques endroits , un style généralement pur, doux et coulant , mais il manque de vigueur , de coloris, de variété. Une des principales raisons de sa froideur se fait sentir en lisant Diderot , qui développe la théorie du système dont La Chaussée fut le poète pratique; cette raison , c'est le prosaïsme du genre. Diderot s'est élevé avec raison contre l'uniformité dramatique de son siècle , l'excessive symétrie de la versification française , l'emphase , la déclamation , etc. : mais peut-être cet écrivain, d'une si fougueuse imagination, n'avait-il pas assez patiemment étuG.é, en celte occasion , la nature de l'art. En respectant les unités , la séparation rigoureuse du tragique et du comique et d'autres règles consacrées de son temps , il attaquait l'idéal , un des principes constitutifs du drame. Il ne comprit pas assez cette partie de la poésie qui consiste à communiquer à un auditoire l'essence intime des passions ; et en substituant aux caractères et aux situations, la peinture des rangs de la société et des relations de famille , il anéantit, sous un certain rapport , l'espèce de jouissance que nous procure la scène, en éveillant notre sympathie , sans nous obliger à nous appliquer trop rigoureusement à nousmêmes ce qu'elle représente. Falbaire, bon écrivain d'ai'leurs , auteur de l'Honnête criminel, et plusieurs imitateurs maladroits du premier roman de Goethe et des pièces de Kotzebue , exagérèrent ce genre qu'avaient traité avec succès Diderot lui-même dans le Père de famille et le Fils naturel, Voltaire dans Nanine et l'Enfant prodigue , Gresset dans Sydney , La Harpe dans Mélanie, et Beaumarchais dans la Mère coupable. Mais le nom de Beaumarchais doit être mis à part parmi les comiques du xvnr2 -siècle. Cet homme qui , dans ses fameux débats avec Goesman , avait donné au mémoire judiciaire une physionomie toute nouvelle , envisagea aussi la comédie sous un nouveau point de vue dans le Barbier de Séville , et surtout dans le Mariage de Figaro. La comédie fut pour lui ce que la tragédie avait été pour Voltaire; le théâtre devint sa tribune ; il y lit parvenir aux masses , dans un langage brillant et spirituel , avec une audace de pensées qui ne connut ni frein, ni limites, toutes les idées philosophiques et politiques qui fermentaient dans les esprits et semblaient ne plus attendre qu'un interprète. Jamais on n'avait peint souc des couleurs si énergiques et si vraies les excès de l'aristocratie et le pouvoir naissant du
tiers état : son succès Tut de l'enthousiasme ; mais comme artiste , malgré l'esprit infini de son Intrigue et de son dialogue, il tomba dans le même défaut que Voltaire ; le poëte fut substitué au personnage. Tout le monde comprend maintenant que Figaro ne fut point une des causes de la révolution ; mais il en fut en quelque sorte l'expression anticipée , et s'il ne dit pas encore tout , cet homme du parterre devina la portée de ce drame de circonstance lorsqu'au vers du poêle : Tout finit par des chansons , il substitua celte variante prophétique cl terrible : Tout finit par des canons.
Le commencement du règne de Louis XVI, pendant lequel écrivait Beaumarchais, fut une époque brillante pour la comédie. Laujon , connu par ses pastorales , ses opéras-comiques , dans lesquels on distingue l'Amoureux de quinze ans , et surtout par ses Chansons, donnait une pièce fort gai'- cl fort spirituelle , intitulée le Couvent. Collé , supéiiour encore à Laujon , comme chansonnier, lit représenter Dupuis et Desronais et la Partir, de Chasse de Henri IV, où il a fait ressortir le vrai génie de ce roi populaire. Enfin l'abred'Kglaiitine et Collin d'Harleville parurent j la fois sur la scène, cl semblèrent, comme Alccsle et Philinlc , s'èlrc constitués les champions vivants du pessimisme et de l'optimisme. L'un fut chaud , âpre , violent , d'un style dur et incorrect , mais plaisant et énergique dans les .Précepteurs , le Philinle de Molière et l'Intrigue cpislolaire; l'autre, plein de charme, de moelleux, d'une sensibilité fine et vraie, fut appelé VAlbanc et le La Fontaine du théâtre, et mérita B'.iuvcnt ces noms par ses comédies dont les plus ren arquables sont : l'Inconstant , l'Optimiste , les Châteaux en Espagne , le Vieux célibataire, etc.; ' ontemporain d'Andrieux , il prépara Picard , Etienne, et tous les autres écrivains qui honorèrent la scène au commcncemenldu siècle actuel.
Pendant longtemps aucun poêle ne put être comparé à Qninault dans l'opéra. Danchet y obtint une réputation qui , toute pâle qu'elle est , ne fut effacée ni par Pellegrin, ni par La Bruère, ni par Moline , ni par le poëte Boi. Durollel, qui écrivit VIphigénie en Aulide , et refit YAlcesle, eut du moins le bonheur de deviner le génie de Gluck ; c'est peut-être à lui que la France doit ce grand compositeur. Bernard, l'auteur assez froid de l'Art d'aimer, que Voltaire immortalisa en ajoutant à son nom l'épilhète de Gentil, donna Castor et Pollux ; Beaumarchais dans Tarare fut original comme dans tout ce qu'il a fait ; Guil- Lrd , que les opéras (.VIphigénie en Tauridc , de Vurdanus et iVIIorace avaient fait apprécier comme le meilleur poëte de son siècle en ce genre, se plaça au rang de Qninault par son
t)h LA LITTÊRATUBE FRANÇAISE. xlj
OEdipe à Colone. La noble simplicité du plan et de la versification, soutenue par la sublime par» tition de Sacchini , font de cet opéra la seule pièce française qui puisse donner l'idée complète d'une tragédie grecque , aux jours d'Eschyle et de Sophocle.
Mais la musique ne devait pas se borner au genre sérieux. Le succès des bouffes italiens fit naître l'opéra-comique ; le théâtre de la Foire s'ouvrit au commencement du siècle ; Fusclier, Aulreau, Piron et surtout Lesage, l'enrichirent d'une foule de petites pièces pétillantes de gaieté. Vinrent ensuite Collé , Laujon , Favarl , le plus fécond et le plus spirituel de celle joyeuse académie. Qui pourrait ne pas aimer la grâce, la délicatesse, le naturel de la Chercheuse d'Esprit , i'Annetle et Lubin, de jS'inctle à la Cour, des Trois Sultanes et de tant d'autres jolies compositions? car, dans plus de soixante pièces qu'a laissées Favarl , il en est bien peu de médiocres; Marmonlel lui est inférieur. Le genre poissard, exploité par Vadé , rebute par sa grossièreté. Monvel et Marsollier obtinrent de grands succès; la Caravane , Panurge , Nina , les Petits Savoyards, Camille, Adolphe et Clara, Gulnare, l'Iralo , etc. , ont fait la réputation de plusieurs compositeurs et sont encore applaudis. L'Anglais d'Hele , auteur de l'Amant jaloux , se fit un nom dans ce qu'on appelait les Parades. Sedaine, tailleur de pierre , qui fut de l'Académie , et écrivit pour la Comédie-Française le Philosophe sans le savoir et la Gagewe imprévue, se distingua par son entente de la scène et sa profonde connaissance de l'effet théâtral ; son dialogue est barbare , sa versification incorrecte , mais ses caractères sont parfaitement conservés , et l'intérêt dramatique soutenu avec une science qui étonne, Ioiaqu'on étudie dans cette vue le Diable à quatre, le Déserteur, Richard Cœurde-Lion,elc. Slratonice , Euphrosine et Coradin d'Hoffman , qui vint plus lard , ont toute la noblesse du grand opéra avec plus de vérité ; et peu de comédies peuvent le disputer en gaieté aux Rendez-vout bourgeois.
La plupartdes écrivains qui brillèrent à l'Opéra- Comique s'exercèrent aussi dans le vaudeville. II faut ajouter à leurs noms ceux de Panard, Piis, Barré, Radet, Desfontaincs, cl de beaucoup d'autres. Les scènes du vaudeville au dix-huiiiènm siècle se passaient presque toujours â la campagne. Celaient les Vendangeurs, les Amours d'été, la Veillée villageoise, etc. Plus tard, le vaudeville a abordé les mœurs , les intérêts , les habitudes cl les ridicules de la ville, depuis le salon jusqu'au carrefour, cl dans notre siècle, il a lutte, en rival souvent vainqueur, conire la comédie ellçmêmo.
Ilij
RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE