‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 249 sur 649 · LE SIECLE D'AUGUSTE ET LE SIECLE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LE SIECLE D'AUGUSTE ET LE SIECLE DE LOUIS XIV

On a remarqué, avec raison, que les règnes d'Auguste et de Louis XIV se ressemblaient par le concours des grands hommes de tous les genres

» Voyez, pins haut, Discours. Remarquez que l'on ne dit plus davantage que, mais plus que. (N. E.) 2 aucuns ne s'emploie ricsquc jamais au pluriel- (NE )

qui ont illustré leurs règnes. Mais on ne doit pas croire- que ce soit l'effet seul du hasard; et si ces deux règnes ont de grands rapports , c'est qu'ils ont été accompagnés à peu près des mêmes circonstances. Ces deux princes sortaient des guerres civiles , de ce temps où les peuples , toujours armés , nourris sans cesse au milieu des périls , entêtés des plus hardis desseins , ne voient rien où ils ne puissent atteindre; de ce temps où les événemenlsheureux et malheureux, mille fois répétés, étendent les idées , fortifient l'âme à. force d'é preuves, augmentent son ressort, et lui donnent ce désir de gloire qui ne manque jamais de produire de grandes choses.

Voilà comme Auguste et Louis XIV trouvèrent le monde. César s'en était rendu le maître, et avait devancé Auguste ; Henri IV avait conquis son propre royaume , et fut l'aïeul de Louis XIV. Même fermentation dans les esprits; les peuples , de part et d'autre, n'avaient été pour la plupart que des soldats , et les capitaines , des héros. A tant d'agitation , à tant de troubles intestins succède le calme que produit l'autorité réunie. Les prétentions des républicains et les folles entreprises des séditieux détruites laissent le pouvoir dans les mains d'un seul; et ces deux princes, devenus les maîtres (quoiqu'à des titres bien différents), n'ont plus à s'occuper qu'à rendre utile à leurs États | cette même chaleur qui jusqu'alors n'avait servi qu'au malheur public. Leur génie et leur caractère particulier se ressemblaient encore par là , ainsi que leurs siècles.

L'ambition et l'ardeur de la gloire avaient été égales entre eux : héros sans être téméraires , entreprenants sans être aventuriers, tous deux avaient été exposés aux orages de la guerre civile ; tous deux avaient commandé leurs armées en personne ; l'un et l'autre avaient su vaincre et pardonner. La paix les trouva encore semblables par un certain air de grandeur , par leur magnificence et leur libéralité. Chacun d'eux possédait ce goût naturel, cet instinct heureux qui sert à démêler les hommes. Leurs ministres pensaient comme eux, et Mécène protégeait auprès d'Auguste, ainsi que Colbert auprès de Louis XIV , tout ce que Rome et la France avaient de génies distingués. Enfin, le hasard les ayant fait naître l'un et l'autre dans le même mois, tous deux moururent presque au même âge; et, ce qui contribue à rendre ces règnes célèbres , aucuns a princes ne régnèrent si longtemps.

Par combien de moyens il fallait que la nature préparât deux siècles si beaux ! Le même fonds qui avait produit des hommes illustres dans la guerre , produisit des génies sublimes dans les : lettres, dans les arts et dans les sciences : l'émulation prit la place de la révolte; les esprits,

ET PARALLÈLES

accoutumés à l'indépendance, ne la cherchèrent plus que dans les vues saines de la philosophie. 11 n'était plus question d'entreprendre sur ses pareils, il fallut s'en faire admirer; la supériorité acquise par les armes fut remplacée par celle que donnent les talents de l'esprit ; en un mot , les mêmes circonstances réunies donnèrent à l'univers les règnes d'Auguste et de Louis XIV.

Le président hénault.

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