‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 290 sur 649 · LES DEUX SERPENTS · texte numérisé non relu

LES DEUX SERPENTS

À cet autel de gazons et de fleurs Déjà la main des sacrificateurs A présenté la génisse sacrée, Jeune, au front large, à la corne dorée; Le bras fatal , sur sa tête étendu , Prêt à frapper, lient le fer suspendu... Un bruit s'entend... l'air siffle., l'autel tremble.

Du fond du bois, du pied des arbrisseaux, Deux fiers serpents soudain sortent ensemble, Rampent de front, vont à replis égaux; L'un près de l'autre ils glissent, et sur l'herbe Laissent, loin d'eux , de tortueux sillons; Les yeux en feu , lèvent d'un air superbe Leurs cous mouvants, gonflés de noirs poisons; Et vers le ciel deux menaçantes crêtes , Rouges de sang, se dressent sur leurs tètes. Sans s'arrêter, sans jeler un regard Sur mille enfants fuyant de toute part, Le couple affreux, d'une ardeur unanime, Suit son objet , va droit à la victime, L'atteint, recule, et de terre élancé, Forme cent nœuds autour d'elle enlacé; La tient, la serre; avec fureur s'obstine A l'enchaîner, malgré ses vains efforts , Dans les liens de deux flexibles corps;

Perce des traits d'une langue assassine Son cou nerveux, les veines de son flanc» Poursuit, s'attache à sa forte poitrine, Mord et déchire, et s'enivre de sang.

Mais l'animal, que leur souffle empoisonne. Pour s'arracher à ce double ennemi Qui , constamment sur son corps affermi, Comme un réseau, l'enferme et l'emprisonne, Combat, s'épuise en mouvements divers, S'arme contre eux de sa dent menaçante, Perce les vents d'une corne impuissante, Bat de sa queue et ses flancs et les airs. Il court, bondit, se roule, se relève; Le feu jaillit de ses larges naseaux : A sa douleur, à ses horribles maux Les deux dragons ne laissent point de trêve; Sa voix, perdue en longs mugissements, Des vastes mers fait retentir les ondes , Les antres creux , et les forêts profondes... Il tombe enfin , il meurt dans les tourments : Il meurt... Alors les énormes reptiles Tranquillement rentrent dans leurs asiles '.

MALF1LATRE.

Page 1