ANDR1EUX
i Ce dernier vers fait allusion aux dissensions qui déchiraient la Frano.c au temps du Directoire , époque où celle pièce Cul publiée. IN.E,/
l'éducation d'aciiille
Quand, du sein maternel, porté dans ce séjour Où mes premiers regards se sont ouverts au jour, Ce vieillard vertueux , qui m'a servi de père '-, Eut daigné m'accueillir, on dit qu'un soin sévère De ma bouche écarta ce nectar nourricier, Doux tribut qu'une mère aime tant à payer, Et tous ces aliments, vulgaire nourriture, Qu'offre aux faibles humains l'indulgente nature. Aux cris de mes besoins sans cesse renaissants, Ni Cérès, ni Bacchus, n'apportaient leurs présents; Mais des lions, des ours, mes lèvres dévorantes Suçaient le sang, pressaient les chairs encor vivantes; Et ce repas sauvage , il fallait l'acheter. Sur les pas du centaure il fallait affronter D'une mer en courroux l'effrayante menace, Le fracas d'un torrent qui , sur des monts de glace , De rochers en rochers tombe , écume et mugit; Rire au tigre qui gronde, au lion qui rugit; Ou seul , d'une forêt profonde , spacieuse, Contempler sans pâlir l'horreur silencieuse. D'une armure bientôt mon corps soutint le poids, Mon bras un bouclier, mon épaule un carquois; Bientôt je marchai ceint de ma première épée, Et je la rapportai d'un noble sang trempée. Je bravais des saisons les outrages divers, L'air brûlant des étés, la glace des hivers. Sur un lit de duvet bercé par la mollesse, Jamais un doux concert n'endormit ma paresse : Sur la pointe d'un roc j'aimais à sommeiller, Et le bruit des torrents ne pouvait m'éveiller.
Ainsi coulaient pour moi les beaux jours de l'enfa ncp, Ainsi je préludais à mon adolescence.
J'appris alors à vaincre un coursier indompté: Sur sa croupe rebelle avec orgueil montés Tantôt je devançais le cerf, ou le Lapith Qui d'un pas effrayé précipitait sa fuite : Et tantôt je suivais , d'un élan aussi prompt» Le vol d'un trait ailé qu'avait lancé Chiron. Souvent , dans la saison au repos consacrée, Quand du fleuve engourdi le souffle de Borée A peine ^vait fixé le cristal frémissant, Un regard de Chiron sur ce miroir glissant M'ordonnait de courir, sans que mon pas agile Blessât en l'effleurant son écorce fragile : C'étaient là mes plaisirs. Dirai-je mes combats Mes dangers, Pélion dépeuplé par mon bras, Et ces bois étonnés de leur vaste silence 3? Je n'aurais point osé déshonorer ma lance, En frappant ou le lynx qui me voit , tremble et fuit, Ou le cerf innocent qu'effarouche un vain bruit : Il fallait braver l'ours à la forme effrayante. Le sanglier armé de sa dent foudroyante, D'un carnage récent le tigre ensanglanté. Ce n'était rien : d'Alcide émule redouté, Il fallait terrasser une lionne mère , De son corps hérissé défendant son repaire, Boulant d'un air affreux ses regards menaçants , Epouvantant l'écho de ses rugissements.
Enfin l'âge m'ouvrit une digne carrière; J'appris, je dévorai la science guerrière. Tous les secrets de Mars furent bientôt les miens: Bientôt je maniai l'arme des Pœoniens, Le dard que d'un bras sûr lancent les Massagètes*
a Le centaure Chiron. (N. F..)
5 Depuis la morl des animaux qui auparavant les rempilai de leurs cris. ^N. EJ
uit,
NARRATIONS
Et Je fer recourbé qu'ont Inventé les Gètes, Et l'arc dont le Gélon marche toujours arnié. Aux jeux sanglants du ceste enfin accoutumé, J'aurais pu défier le Sarmate intrépide*. J'appris jusqu'à cet art vulgaire, mais perfide, De laucer un caillou, qui, trois fois balancé., S'échappe, siffle, et vole au but qu'on a fixé.
Mais, tout récents qu'ils sont, à peine ma mémoire Peut rappeler, vous-même à peine pourriez croire A quels travaux divers je me suis exercé. Chiron parle, et soudain d'un immense fossé Mon vaste élan franchit et joint les deux rivages. Chiron parle, et courant sur ces rochers sauvages Où croit la ronce, où vit le reptile odieux, Je m-élance au sommet d'un mont voisin des cieux , Aussi rapidement que je rase une plaine. D'un éclat de rocher qu'il soulève avec peine Chiron arme sa main, me défie au combat; Il le lance : j'attends, intrépide soldat, Et sur mon bouclier, solide, impénétrable, Je reçois, en riant, le choc épouvantable ; J'arrête seul, à pied, quatre coursiers fougueux, Faisant d'un vol égal rouler un char poudreux. Quand j'ai par ces travaux aguerri mon audace, ; A des travaux plus doux ma vigueur se délasse ; D'une robuste main quelquefois vers les cieux Je m'amuse à lancer le disque ambitieux , A l'aimable Hyacinthe amusement funeste2! Mes jeux sont les combats de la lutte et du ceste. Sur ma lyre je chante en vers mélodieux Les exploits des héros et les bienfaits des dieux. Chiron, qui daigne aussi cultiver ma mémoire, Aux talents d'un soldat ne borne point ma gloire: Il m'explique le monde, et les ressorts divers Par qui tout est, se meut, agit dans l'univers. Des peuples avec lui déroulant les annales, J'y vois leurs mœurs, leurs lois, leurs discordes fatales, Leurs succès, leurs revers et leur chute :j'apprends, Mais pour les détester, les noms de leurs tyrans. Sa prudence a voulu m'inilier encore Aux utiles secrets que le dieu d'Épidaure, Pour le soulagement des malheureux humains, A confiés, dit-on, à ses savantes mains. Il m'apprend, et lui-même est mon premier modèle, A consulter toujours la justice éternelle; A dompter mon orgueil et mon ressentiment ; A ne trahir jamais les lois ni mon serment; A choisir mes amis, à leur être fidèle; A chérir ma patrie , à m'immoler pour elle ; Surtout à révérer, par de pieux tributs, Le ciel , qui fait , soutient , couronne les vertus.
lcce de lancival. Achille à Scyros.