‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 298 sur 649 · ÉRUPTION DU VÉSUVE , FAMINE ET CONTAGION · texte numérisé non relu

ÉRUPTION DU VÉSUVE , FAMINE ET CONTAGION

Lo Vésuve en courroux sous ses monts caverneux Hecommence à mugir avec un bruit affreux, Et déchaîne , en poussant une épaisse fumée , Sur son gouffre tonnant, la tempête enflammée. Elle échappe soudain , et des sommets ouverts En colonne de feu s'échappe dans les airs. Des foudres souterrains et des roches fondues La suivent jusqu'au ciel et retombent des nues. Le bitume et le soufre, épandus en torrents, Roulentsur la montagne, en sillonnent les flancs, Et, dans les creux vallons se traçant un passage, Des fleuves infernaux offrent l'horrible image.

L'incendie a gagné les antiques forêts.

Les animaux, fuyant dans les sentiers secrets, Vingtfois, pour s'échapper, retournent surleur irace;

Partout la mort en feu les repousse et les chasse.

On voit, loin du volcan et de leurs toits brûlant ,

Errer de toutes parts les pales habitants;

Et l'époux qui soutient sa moitié défaillante,

Et du vieillard courbé la marche chancelante.

Et la mère qui croit dérober au trépas

Son fils, unique espoir, qu'elle tient dans ses bras

Inutiles efforts : les vagues irritées

Franchissent, en grondant, leurs rives dévastées;

L'Apennin a tremblé jusqu'en ses fondements :

La terre ouvre en tous lieux des abîmes fumants

Des plus fermes cités ébranle les murailles,

Et les ensevelit au fond de ses entrailles.

Un iour, peut-être, un jour nos neveux attendris

Découvriront enfin, sous de profonds débris,

Ces villes, ces palais, ces temples, ces portiques

De nos arts florissants monuments authentiques.

Ainsi dans les remparts qu'Hercule avait bâtis,

Par un malheur semblable autrefois engloutis,

Nous allons admirer de superbes ruines ,

Et de l'antiquité fouiller les doctes mines.

Quel sera le destin de tant de malheureux

Echappés par hasard à ce destin affreux!

De cendres , de cailloux une pluie enflammée

Couvre tout le pays de feux et de fumée.

Le laboureur a vu les trésors des sillons

Sortir de ses greniers en brûlants tourbillons.

En vain il cherche encor dans les arides plaines

Ses buffles vigoureux , compagnons de ses peines;

Ils ne reviendront plus d'un pas obéissant

Sur ce sol calciné traîner le soc pesant.

Nul secours, nul espoir ne s'offre à sa misère.

Comment nourrir, hélas! ses enfants et leur mère*

Ira-t-il secouer le gland dans les forêts?

Mais l'orage partout a fait tomber ses traits;

Et les chênes , séchés jusque dans leurs racines,

De ces lieux désolés ont accru les ruines.

Alors parmi les feux, les laves, les tombeaux,

La Famine apparaît; et, traînant ses lambeaux,

Traverse les cités, rôde dans les villages :

D'abord sous l'humble toit exerce sesravages;

Puis, des palais pompeux franchissant les degrés,

Entre avec le Besoin sous les lambris dorés.

Dans l'air, en même temps, les sombres Euménid Souillent de toutes parts leurs poisons homicides. Une fréquente toux, de longs étouffements Sont du premier accès les signes alarmants. Dès la seconde aurore une brûlante haleine Du poumon embrasé ne s'échappe qu'à peine. La toux, du corps entier fait crier les ressorts, Et l'humeur, sans sortir, résiste à ses efforts. Un feu séditieux étincelle au visage.

Le pouls , du sang à peine annonce le passage. La plus légère étoile est un pesant fardeau. Une barre d'acier traverse le cerveau ; Et le mal, redoublant sa fureur intestine, Comme un affreux vautour déchire la poitrine.

Après la triste nuit qu'allonge la douleur, Sa langue se noircit, le teint perd sa couleur, Le malade aux abois porte sur le visage De sa prochaine mort l'infaillible présage. Douce espérance, alors lu quittes ses lambris! Il n'entend plus sa femme , il ne voit plus ses fils. Son esprit égaré, que la fièvre tourmente, Erre sur le sommet d'une montagne ardente, Croit rouler dans un gouffre, et frémit de terreur I En regardant au loin l'immense profondeur. | A ce transport succède une stupeur mortelle. I Le sang glacé s'arrête , et la faible prunelle I Sous les doigts du trépas se fermant sans retour, | Il meurt avant la fin du quatrième jour.

NARRATIONS

Dieux! qui reconnaîtrait ces campagnes fertiles? Des hameaux fortunés et d'opulentes villes, Des maisons qu'entouraient des bocages fleuris, Charmaient à chaque pas le voyageur surpris. Deux fois sur les coteaux les brebis étaient pleines , Et les moissons deux fois jaunissaientdans les plaines ; La manne y distillait. Les humains trop heureux Y ployaient sous les fruits qui renaissaient pour eux; L'amour et le plaisir , enfants de l'abondance , Présidaient les concerts , animaient à la danse; Écho ne répétait que les chants des bergers ; Des vignes s'élevaient dans le sein des rochers; Le laurier , le jasmin , s'arrondissant en voûtes , De leur ombre odorante embellissaient les routes. C'était un grand jardin où de nombreux canaux Portaient de toutes parts la fraîcheur de leurs eaux.

Quel désastre imprévu ! Quelles terribles scènes ! Des torrents sulfureux , de brûlantes arènes , Tous les feux des enfers , tous les fléaux des deux, En un vaste cercueil ont changé ces beaux lieux ». castel. Les Plantes, chant m.

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