JUGEMENT DES ROIS EN EGYPTE AT-RÈS LEUR MORT
Sésostris, le premier, heureux triomphateur, Dans l'Egypte étala des rois chargés de chaînes; Mais , dans ce vieux berceau des sciences humaines , 0 combien j'aime mieux ces fêles où les lois A côté de leur tombe interrogeaient les rois! Quelle solennité plus grande, plus auguste! Malheur alors, malheur atout monarque injuste! Cités devant l'Egypte, aux yeux de l'univers, Entre l'urne du peuple et l'urne des enfers, Entre la voix du siècle et les races futures , Leurs mânes, arrêtés au bord des sépultures Pour entendre l'arrêt ou propice ou fatal , Comparaissaient sans pompe à ce grand tribunal. Là, plus de courtisans , de voix adulatrice; Où cessait le pouvoir commençait la justice. Là, de l'homme indigent les pleurs longtemps perdus, Les cris des opprimés, étaient seuls entendus. Dans son dernier sujet le roi trouvait un juge; Le crime détrôné n'avait plus de refuge, Et la vérité sainte, auprès de leur tombeau , Aux torches de la mort allumait son flambeau. Heureux alors , heureux qui , sous le diadème , D'avance avec rigueur s'était jugé lui-même! Son nom était béni , son règne était absous. Rois, ce grand tribunal n'existe plus pour vous! Mais il existe encor des juges plus terribles, Juges toujours présents , toujours incorruptibles , Dont rien ne peut fléchir l'inflexible équité : C'est votre conscience et la postérité 2.
delille. L'Imagination, chant m.