‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 303 sur 649 · NGE D'HAMLET · texte numérisé non relu

NGE D'HAMLET

Deuxfois dans mon sommeil, ami, j'ai vumon pore, Non point le bras levé , respirant la colère, Mais désolé, mais pâle, et dévorant des pleurs Qu'arrachait de ses yeux l'excès de ses douleurs. J'ai voulu lui parler : plein de l'horreur profonde Qu'inspirait à mon cœur l'effroi d'un autre monde: Quel eslton sort? lui dis -je; apprends-moi quel tableau S'offre a l'homme étonné dans ce monde nouveau. Croirai-je de ces dieux que la main prolectrice Par d'éternels tourments sur nous s'appesantisse? « O mon fils, m'a-t-il dit, ne m'interroge pas; « Ces leçons du cercueil, ces secrets du trépas, « Aux profanes mortels doivent être invisibles. « Que du ciel sur les rois les arrêts sont terribles! « Ah! s'il me permettait cet horrible entretien, « La pâleur de mon front passerait sur le lien. « Nos mains se sécheraient en loucbantla couronne, « Si nous savions, mon fils, à quel litre il la donne: ^Vivant, du rang suprême on sent mal le fardeau : «Mais qu'un sccplreest pesant quand on entre au lom- | beau ! »

. . . Oh! m'écriai-je , ombre chère et terrible,

Pourquoi des bords muets de ce monde invisible,

Confident des tombeaux , viens-tu m'entrelenir,

Moi , qu'avec toi bientôt mes douleurs vont unir?

Ne laisse point sortir de tes lèvres glacées

Ces hauts secrets des dieux qui troublent nos pensées.

Hélas! pour t'obéir ai-je assez de verlu?

Je t'écoute en tremblant : réponds, que me veux-tu?

i O mon lils, m'a-t-il dit, je viens enfin l'apprendre « Quel sang tu dois verser pour apaiser ma cendre : » On croit qu'un mal cruel trancha soudain mes jours. « Ainsi les noirs complots sont voilés dans les cours. « Ta mère! qui l'eût dit? oui , ta mère perfide « Osa me présenter un poison parricide; « L'infâme Claudiils, du crime instigateur, « Fut de ma mort surtout le complice et l'auteur. »

Je m'éveille à ces mots : Hélas! mon cher Norceste, Je me suis élancé hors de mon lit funeste; Plein de l'objet affreux qui troublait mes esprits, J'ai rempli ce palais d'épouvantables cris. J'ai couru touttremblant, faible, éperdu, sans suite... Le spectre, à mes côtés, semblait presser ma fuite. Celte ombre, ces forfaits, ce récit plein d'horreur, Dans mon cœur expirant jette encor la terreur, uucis. Hamlet, act. il, se. V.

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