SONGE DE THYESTE
1 Athalie adresse ces mots à Matlian , son confident cl prôtre de Baal. Afoncr Était aussi prCsent a ce rCcit. (N. E. )
Sauvez- mol, par pitié, de ces bords dangereux; Du soleil à regret j'y revois la lumière, Malgré moi le sommeil y ferme ma paupière. De mes ennuis secrets rien n'arrête le cours : Tout à de tristes nuits joint de plus tristes jours. Une voix, dont en vain je cherche à me défendre, Jusqu'au fond de mon cœur semble se faire entendre! J'en suis épouvanté. Les songes de la nuit Ne se dissipent point par le jour qui les suit : Malgré ma fermeté, d'infortunés présages Asservissent mon âme à ces vaines images. Celte nuit même encor, j'ai senti dans mon cœur Tout ce que peut un songe inspirer de terreur.
Près de ces noirs détours que la rive infernale Forme à replis divers dans cette île fatale, J'ai cru longtemps errer parmi des cris affreux Que des mânes plaintifs portaient jusques aux deux. Parmi ces tristes voix, sur ce rivage sombre, J'ai cru d'iErope en pleurs entendre gémir l'ombre; Bien plus, j'ai cru la voir s'avancer jusqu'à moi, Mais dans un appareil qui me glaçait d'effroi : « Quoi ! tu peux t'arrêter dans ce séjour funeste! « Suis-moi, m'a-t-elle dit, infortuné Thyeste ! » Le spectre, à la lueur d'un triste et noir flambeau , A ces mots m'a traîné jusque sur son tombeau. J'ai frémi d'y trouver le redoutable Atrée, Le geste menaçant et la vue égaTée , Plus terrible pour moi , dans ces cruels moments, Que le tombeau, le spectre et ses gémissements. J'ai cru voirie barbare entouré de furies; Un glaive encor fumant armait ses mains impies; Et, sans être attendri de ses cris douloureux, Il semblait dans son sang plonger un malheureux. iErope, à cet aspect, plaintive, désolée, De ses lambeaux sanglants à mes yeux s'est voilée.
Alors j'ai fait, pour fuir, des efforts impuissants; L'horreur a suspendu l'usage de mes sens. A mille affreux objets l'âme entière livrée, La frayeur m'a jeté sans force aux pieds d'Atrée. Le cruel , d'une main semblait m'ouvrir le flanc, Et de l'autre, à longs traits, m'abreuver de mon sang; Le flambeau s'est éteint, l'ombre a percé la terre, Et le songe a fini par un coup de tonnerre.
LE même. Alrùe et Thyeste, act. », 6C Il,
APPARITION DU SPECTRE DE THYESTE A jEGISTBE,
Thyeste! tu verras Agamemnon puni; Qu'Oreste même expire à ses destins uni! Chère ombre, apaise-toi! Calmez-vous, Euménides Vous avez au berceau proscrit les Pélopides : Oresle n'est-il pas l'héritier de son rang? Périssent lui , son fils , Electre , et tout son sang !... Ils mourront sous ce fer, que l'exécrable Atrée Bemit dès mon enfance à ma main égarée, Lorsqu'un affreux serment, de ma bouche obtenu, M'arma contre Thyeste, à moi-même inconnu. Un dieu seul me ravit à ce noir parricide. O mon père!... pourquoi ton spectre errant, livide Assiége-t-il mes pas? Il me parle, il me suit, Sous ce même portique, au milieu de la nuiï. Ne crois pas qu'une erreur, dans le sommeil tracée,
2 Elle adresse ces paroles à /Etiislhc, son complice, in d'Atjamcmnou. (m. e.i
NARRATIONS
De sa confuse Image ait troublé ma pensée : Je veillais sous ces murs, où de son souvenir Ma douleur recueillie osait s'entretenir; Le calme qui régnait à cette heure tranquille Environnait d'effroi ce solitaire asile; Mes regards sans objet dans l'ombre étalent fixés; Il vint, il m'apparut, les cheveux hérissés, Pâle, offrant de son sein la cicatrice horrible; Dans l'une de ses mains brille un acier terrible, L'autre tient une coupe... ô spectacle odieux! Souillée encor d'un sang tout fumant à mes yeux. L'air farouche , et la lèvre à ses bords abreuvée : « Prends , dit-il , cette épée à ton bras réservée ; Voici , voici la coupe où mon frère abhorré île présenta le sang de mon fils massacré; Fais-y couler le sien que proscrit ma colère, Et qu'à longs traits encor ma soif s'y désaltère. » Il recule à ces mots, me montrant de la main Le Tartare profond , dont il suit le chemin. Le dirai-je? sa voix, perçant la nuit obscure, Ce geste , et cette coupe , et sa large blessure, Ce front décoloré, ses adieux menaçants... J'ignore quel prestige égara tous mes sens. Entraîné sur ses pas vers ces demeures sombres, Gouffre immenseoù gémit le peupleerrant des ombres, Vivant, je crus descendre au noir séjour des morts. Là, jurant et le Styx et les dieux de ses bords, Et les monstres hideux de ses rives fatales, Je vis, à la pâleur des torches infernales, Les trois sœurs de l'enfer irriter leurs serpents, Le rire d'Alecton accueillir mes serments ; Thyesle les reçut, me tendit son épée, Et je m'en saisissais, quand à ma main trompée Le vain spectre échappa poussant d'horribles cris. Je fuyais... Je ne sais à mes faibles esprits Quelle flatteuse erreur présenta sa chimère. Il me sembla monter au trône de mon père; Que, de sa pourpre auguste héritier glorieux, Tout un peuple en mon nom brûlait l'encens des dieux; Je vis la Grèce entière à mon joug enchaînée; La reine me guidant aux autels d'hyménée, Et mes fiers ennemis, consternés et tremblants, Abjurer à mes pieds leurs mépris insolents.
lemehcier. Agamemnon, act. i, se. i.