‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 306 sur 649 · SOPHOCLE ACCUSÉ PAR SES FILS · texte numérisé non relu

SOPHOCLE ACCUSÉ PAR SES FILS

Mais l'univers appelle à des travaux plus vastes Celui qui , de l'histoire interrogeant les fastes, Aux accents de son luth, avec sévérité, Proclame les arrêts de la postérité.

Il honore ou flétrit, accuse ou divinise : ' A sa voix la vertu triomphe et s'éternise;

1 Cliiment V , qui mourut en effet 40 jours après le grand

Au tribunal du monde il cite les pervers; H condamne leurs noms à vivre dans ses vers. La vertueuse horreur de sa muse irritée Poursuit jusqu'aux enfers leur ombre épouvantée^ Et son vers indigné, tonnant, pour les punir, Frappe d'un long effroi les tyrans à venir. Tantôt, armant son bras du fer de Melpomène, Il réveille à nos yeux, sur la tragique scène, Les forfaits endormis au fond des noirs tombeaux. Tantôt il peint des traits plus généreux , plus beaux , Et, saisissant l'effet d'un contraste sublime, Embellit la vertu de la laideur du crime. Dieu ! comme à ces tableaux, de moment en moment, S'élève dans le cirque un doux frémissement! O pouvoir du génie! il subjugue, il enchaîne Tout un peuple attentif et respirant à peine.

Mais d'un exemple auguste animons nos récits. Sophocle avait des fils dont les cœurs endurcis, Avides d'envahir son tardif héritage, D'un vieillard importun accusaient le long âge. Ils feignent que leur père, indigne de son £38^ N'agit, ne pense plus, ne vit plus qu'au hasard, Et que de sa raison , par les ans affaiblie, Le flambeau pâlissant s'éteint avec sa vie. Sophocle est accusé par ses enfants ingrats; Et Sophocle est conduit devant les magistrats. Calme parmi les flots d'un nombreux auditoire, Il s'avance escorté de soixante ans de gloire. On l'interroge ; alors levant avec fierté Un front où luit déjà son immortalité : t Entre mes fils et moi que l'équité prononce; a Sages Athéniens, écoutez ma réponse. » Il dit, et fait entendre à ses juges surpris Le dernier, le plus beau de ses nobles écrits : Il lit OEdipe! il lit, et sa froide vieillesse Se réchauffe un instant des feux de la jeunesse. Ces longs cheveux blanchis, cette imposante voix, Ce front qu'un peuple ému couronna tant de fois , Portent dans tous les cœurs une terreur sacrée; Le juge est attendri, la foule est enivrée; Ses fils mêmes, ses fils tombent à ses genoux... Les pleurs ont prononcé, le grand homme est absous, millevoye. Les Plaisirs dupoèïe.

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