LE VOYAGEUR ÉGARÉ DANS LES NEIGES DU SAINT-BERNARD
La neige au loin accumulée En torrents épaissis tombe du haut des airs ,
Et, sans relâche amoncelée, Couvre du Saint- Bernard les vieux sommets déserts.
Plus de roules, tout est barrière; 7/ombre accourt, et déjà, pour la dernière fois,
Sur la cime inhospitalière Dans les vents de la nuit l'aigle a jeté sa voix.
A ce cri, d'effroyable augure, Le voyageur transi n'ose plus faire un pas;
Mourant, et vaincu de froidure, Au bord d'un précipice il attend le trépas.
Là , dans sa dernière pensée , II songe à son épouse , il songe à ses enfants :
Sur sa couche affreuse et glacée Celle image a doublé l'horreur de ses tourments.
C'en est fait; son heure dernière Se mesure pour lui dans ces terribles lieux,
Et, chargeant sa froide paupière, Un funeste sommeil déjà cherche ses yeux.
Soudain , ô surprise ! ô merveille!
D'une cloche il a cru reconnaître le bruit:
Le bruit augmente à son oreille; Une clarté subite a brillé dans la nuit.
Tandis qu'avec peine il écoute, A travers la tempête un autre bruit s'entend ;
Un chien jappe, ets'ouvrant la route, Suivi d'un solitaire, approche au même instant.
Le chien, en aboyant de joie, Frappe du voyageur les regards éperdus :
La mort laisse échapper sa proie, El la charité compte un miracle de plus1.
ciiênedollé. Études poétiques.
LcRhône,dont les flotss'épanchentdansces plaines, Sort des flancs tortueux de ces roches lointaines Le Rhône allier m'appelle, et je porte mes pas Jusqu'à ces monts blanchis par d'éternels frimas, Où semblent s'élever les barrières du monde.
Le fleuve, dieu de ces climats, Guide dans ces détours ma course vagabonde; .le l'aperçois enfin, sur un roc appuyé;
' A ses pieds l'eau bouillonne et gronde, Et, dans le lit étroit qui resserre son onde,
i Vo}-(? Narrations en prose, l/e p.irtlo.
De son obscure source il semble humilié. Mais il croît en roulant; la cascade rapide,
Qui jaillit en argent fluide, Forme mille torrents, qui, d'écueil en écueil, De son cours agrandi viennent enfler l'orgueil. Alors avec fracas il traîne des ruines, Il emporte les bois minés dans leurs racines; Et, soulevant ses flots où d'énormes glaçons Tombent en bondissant de la cime des monts, Il recourbe, il déchire, il creuse son rivage.
Au loin le bruit de son passage Fait trembler les rochers, faitmugir les vallons; De son vaste courroux il couvre les campagnes, Et va précipiter dans le sein de Thétis Ces débris orageux en courant engloutis,
Et les dépouilles des montagnes.
la iiaiipe. Épitre au comte de Schowalow.