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LA CAMPAGXE AU LEVER DU SOLEIL

Le crépuscule, ami de la saison nouvelle, Semble créer aux yeux les beautés qu'il révèle : L'aube au front argenté fait naître lentement Du réveil matinal l'incertain mouvement; Dans l'air qui s'éclaircit l'alouette légère , De l'aurore au printemps active messagère, Au milieu des sillons monte, chante, et sa voix A donné le signal au peuple ailé des bois. Sous des rameaux en fleurs le rossignol tranquille Leur permet le plaisir d'une gloire facile; Il sait que ses accents doivent rendre à leur tour Les échos de la nuit plus doux que ceux du jour. Souverain bienfaisant de la céleste voûte, Et des Heures en cercîe entouré sur sa route, Le Soleil a conduit son char étincelant Du signe du Bélier vers le Taureau brillant.

L'orient va s'ouvrir ; de la sève animée S'élève vers le dieu l'offrande parfumée. Le feu de ses rayons n'entr'ouvre point encor

i Les nuages voisins qu'il change en vagues d'or;

I Mais son front se dévoile, et soudain la lumière Perce, vole et s'étend sur la nature entière.

j Elle frappe, elle éclaire et rougit les coteaux,

j Dont la pente blanchit sous de nombreux troupeaux. Dans ces châteaux lointains fermés à sa puissance,

j Des palais du Sommeil respectant le silence, Elle va sous le chaume, où le vieux laboureur De ce nouveau printemps implore la faveur; Plus loin, elle produit dans la forêt moins sombre Le mobile combat et du jour et de l'ombre. De l'œil à cet éclat semblent se rapprocher La cascade bleuâtre et l'humide rocher, Et d'un brouillard qui fuit la montagne entourée Reparait sous l'azur dont elle est colorée.

La rivière, à l'aspect du globe lumineux, Sans abri , solitaire , en reçoit tous les feux : Elle étincelle au loin, et son onde plus belle Semble s'enorgueillir de sa beauté nouvelle. Les rayons, divisés en mobiles réseaux, Roulent en nappes d'or sur l'argent de ses eaux; Son éclat vacillant se prolonge, et ma vue Suit des flots radieux l'incertaine étendue , Jusqu'aux lieux où le bois , par d'obliques retours. Ombrage, rembrunit, me dérobe leHr cours, El ferme à mes regards cette scène champêtre, Où, commeaux champs d'Eden, l'hommesemble rrnailn Et seul sait contempler dans le recueillement Ce passage si' doux du calme au mouveaeut

Cette aimable union , ce céleste liyménée De l'aurore du jour, du malin de l'année*.

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