‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 33 sur 649 · INCENDIE DE LA FLOTTE TURQUE A TCHESMÉ · texte numérisé non relu

INCENDIE DE LA FLOTTE TURQUE A TCHESMÉ

Les vaisseaux turcs, en suivant la côté, rencontrèrent le petit golfe de Tchesmé, et y entrèrent comme dans un asile.

L'armée russe jeta l'ancre à la même place que l'armée turque venait d'abandonner ; et , apercevant les vaisseaux ennemis amoncelés dans une baie étroite , et dont l'entrée se trouvait encore resserrée par un rocher qui s'élevait au milieu des eaux, on conçut l'espérance d'y incendier toute celte flotte.

Quatre vaisseaux russes furent aussitôt détachés pour fermer la sortie de celte baie. Mais les courants firent tomber ces quatre vaisseaux sous le vcnl, sans que de tout le jour aucune manœuvre pût les rapprocher.

Chacune des deux escadres demeurait ainsi dans un extrême péril : i'unc, malgré sa force ,

NARRATIONS

amoncelée entre de6 rochers, où il était facile de la détruire ; l'autre , malgré sa faiblesse, séparée en deux divisions, hors de portée de se secourir mutuellement.

Hassan, qui s'était fait porter au lieu du danger, représenta au capitan-pacha combien la Hotte ottomane était exposée dans cette anse. Mais celui-ci, de plus en plus attaché à sa résolution de ne point combattre , se croyait sous la protection de la petite forteresse de Tchesmé et des batteries qu'il faisait établir sur les côtes. Il défendit à tout vaisseau de prendre le large , et envoya par terre aux Dardanelles , pour en faire venir quelques vaisseaux. Il employa toute la journée suivante à établir des batteries sur le rivage. Une fut placée sur le rocher qui rétrécissait l'entrée du golfe. Quatre vaisseaux , placés en travers dans l'intérieur du golfe, couvraient toute la flotte et défendaient le passage. Mais pendant cette même journée l'escadre russe, parvenue à se réunir, préparait des brûlots pour une expédition plus terrible qu'un combat.

Au milieu de la nuit ces brûlots s'avancent , soutenus par trois vaisseaux de ligne, une frégate et une bombarde. Un de ces vaisseaux, monté par Gregg, arriva le premier à l'entrée du port, et y resta longtemps exposé au feu de la batterie et des quatre vaisseaux ennemis , faisant de son côté un feu terrible et continuel , avec des grenades, des boulets rouges, des carcasses , des fusées , de la mitraille. Les deux autres vaisseaux arrivèrent enfin à la même portée , et commencèrent un feu semblable , tandis que la bombarde, placée à leur tête, envoyait au loin ses bombes dans l'intérieur du golfe. Pendant ce temps, les deux brûlots approchent, conduits l'un et l'autre par des officiers anglais. L'un, dont le commandant ne put bien faire comprendre ses ordres par les Esclavons et les Grecs, qui formaient son équipage, prit feu trop tôt et brûla inutilement; l'autre s'enéloigna et gagna le centre de l'ennemi. Le crampon s'accrocha à quelques grillages d'un desplus grosvaisseaux turcs. Cinq minutes après, le vaisseau turc fut enflammé , et le feu gagna aussitôt les trois autres vaisseaux qui fermaient l'entrée du port.

Les vaisseaux russes, auxquels on avait envoyé toutes les chaloupes , se retirèrent pour n'être pas exposés quand les vaisseaux ennemis sauteraient en l'air.

L'escadre turque était si resserrée , cpie les vaisseaux se louchaient presque les uns Icsaulres. En peu d'instants, les flammes, poussées par lèvent, s'élevèrent, s'étendirent, et offrirent aux yeux des Russes le spectacle delà flotte ennemie embrasée tout enlinrc Lc"olfedcTchesmé

ne paraissait qu'un immense golfe de feu. ï)a lamentables cris sortaient de cette mer enflammée. La plus grande partie des équipages turcs était descendue à terre dans la journée précédente. Ce qui restait dans les navires se précipite dans la mer et cherche à fuir au rivage. Mais les canons de ces vaisseaux étant chargés, à mesure que la flamme les échauffait, les batteries faisaient feu et foudroyaient la côte. Quand l'embrasement eutgagné les soutes à poudre, d'affreux éclats retentissaient du sein de cet horrible incendie , et dispersaient au loin des débris , des corps expirants, des troncs mutilés.

Les habitants de Scio accourus au rivage , et tremblants de voir leur ville pillée par les vainqueurs , voyaient distinctement à la lueur de l'incendie, et sur toute la surface de la mer, différentes scènes de cette horrible catastrophe ; les eaux couvertes de malheureux nageant à travers les débris enflammés ; la forteresse de Tchesmé, la ville et une mosquée bâties en amphithéâtre sur une colline , abîmées de fond en comble , et tous les habitants de cette côte fuyant sur les hauteurs éloignées. On entendait mugir dans l'enfoncement des terres les montagnes et les rochers. Au moment de cette destruction, il y eut un si horrible fracas , que Smyrne , distant de dix lieues , sentit la terre trembler.

Athènes , à plus de cinquante lieues d'une mer coupée d'îles, prétend en avoir entendu le bruit. Les vaisseaux russes, quoique assez éloignés, étaient agités comme par les secousses d'une violente tempête. Cet aifreux spectacle dura depuis une heure après-midi, jusqu'à six heures du malin-

RUMliÈr.R. Histoire de Pologne, iiv xi.

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