‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 340 sur 649 · LA POÉSIE DESCRIPTIVE ; PRÉCEPTES DE CE CE.NR · texte numérisé non relu

LA POÉSIE DESCRIPTIVE ; PRÉCEPTES DE CE CE.NR

Sans doute il est un art de saisir, d'imiter, De peindre à noire esprit les beautés naturelles;

DESCRIPTIONS

Kt de cet ail, qu'en vain la foule vent tenter , J'admire, je chéris les deux brillants modèles, l)es Muses et des champs amants vrais et fidèles.

Deux poêles mélodieux, Le vainqueur de Thompson , le rival de Virgile 4 , Sur l'Hélicon français ont d'une main habile

Planté ce rameau précieux One la culture encor peut rendre plus fertile. Riais l'exemple perdu de ces maîtres fameux Redit trop vainement à l'élève indocile : C'est peu de crayonner; il faut, il faut comme eux l'Iacer des Irai is choisis dans des cadres heureux. Kt n'allez pas surtout, l'un de l'autre copistes, Peintres minutieux, scrupuleux botanistes, Effeuiller chaque rose, ouvrir chaque bouton , User voire palette à peindre un papillon. Des poètes germains la moderne influence Apporta parmi nous cette fausse abondance.

On ne parla que de pinceaux , V? ombres et de couleurs , d'images, de tableaux. I.e litre de poète et le talent d'écrire N'étaient plus attachés qu'au seul art de décrire. Un absurde dédain paraissait rejeter Kt le don d'émouvoir, et celui d'inventer.

Jeunes élèves du Parnasse, Suivez, éludiez des principes plus vrais; Par cet exemple instruits , abjurez désormais De ces sophismes vains la ridicule audace; Kl , de l'esprit humain observant les progrès, Rendez à chaque genre et ses droits et sa place. Oui, la description, effort de tant d'auteurs, N'est que le premier 'pas des arts imitateurs. Partout la poésie, en ses naissants ouvrages, Des champêtres objets ébaucha les images : I.e sauvage lui-même aux plus lointains climats Tr,ace, dans sa chanson grossière et monotone, Tout ce que sa demeure offre pour lui d'appas, I.e sol qui le nourrit,, la mer qui l'environne. LTroquois peint en vers sa chasse et ses filets, Kt sans cesse ramène , en son refrain barbare., Le castor de ses lacs, et l'ours de ses forêts. Insensible aux rigueurs de la nature avare, L'habitant de Torno , dans sa hutte enfumé , Chante aussi son pays dont il est seul charmé, Ktses rennes légers, coursiers de Laponie, Kmporlant un traîneau sur la neige aplanie. Aux bords du Groenland, le pêcheur exilé Vante dans son langage, en couplets modulé, Ses traits et ses harpons, leur atteinte fatale Aux colosses pesant sur la mer boréale, Kt les flots revomis de leurs larges naseaux, El leur sang qui s'épanche en rougissant les eaux.

la iiakpr. Épilre au comte de Schowalow , sur les effets de ta nature champêtre et 4W ta poésie descriptive.

l'ÛDElN,

Du marbre, de l'airain, qu'un vain luxe prodigue, Des ornements de l'art, l'œil bientôt se fatigue; Mais les bois, mais les eaux, mais les ombrages frais, Tout ce luxe innocent ne fatigue jamais. Aimez donc des jardins la beauté naturelle: Dieu lui-même aux mortels en traça le modèle. Regardez dansMilton : quand ses puissantes mains Préparent un asile aux premiers des humains,

» sMnt-LambcrlelDclille,

Le voyez-vous tracer des routes régulières, Contraindre dans leur cours les ondes prisonnières? Le voyez-vous parer d'étranges ornements L'enfance de la terre et son premier printemps? Sans contrainte, sans art, de ses douces prémices La nature épuisa les plus pures délices. Des plaines, des coteaux, le mélange charmant, Les ondes à leur choix errantes mollement, Des sentiers sinueux les routes indécises, Le désordre enchanteur, les piquantes surprises, Des aspects où les yeux hésitaient à choisir, "Variaient, suspendaient, prolongeaient leur plaisir. Sur l'émail velouté d'une fraîche verdure, Mille arbres, de ces lieux ondoyante parure, Charme de l'odorat, du goût et des regards , Élégamment groupés , négligemment épars, Se fuyaient, s'approchaient, quelquefois à leur viio Ouvraient dans le lointain une scène imprévue; Ou, tombant jusqu'à terre et recourbant leurs bras, Venaient d'un doux obstacle embarrasser leurs pas, Ou pendaient sur leur tête en festons de verdure, Et de Heurs, en passant, semaient leur chevelure. Dirai-je ces forêts d'arbustes, d'arbrisseaux, Entrelaçant en voftle, en alcôve, en berceaux , Leurs bras voluptueux et leurs liges fleuries?

C'est là que, les yeux plc;ns de tendres rêveries, Eve à son jeune époux abandonna sa main , Et rougit comme l'aube aux portes du matin. Tout les félicitait dans Toute la nature, Le ciel par son éclat, l'onde par son murmure; La terre, en tressaillant, ressentit leurs plaisirs; Zéphire aux antres verts redisait leurs soupirs; Les arbres frémissaient, et la rose inclinée Versait tous ses parfums sur le lit d'hyménée.

0 bonheur ineffable! ô fortunés époux!

Heureux dans ces jardins, heureux qui, comme vous, Vivrait loin des tourments où l'orgueil est en proie, Riche de fruits, de fleurs, d'innocence et de joie ! bemlle. Les Jardins , ch. 1er.

l' APOLLON MI BELVÉDÈRE.

O prodige! longtemps dans sa masse grossière Un vii bloc enferma le dieu de la lumière. L'art commande, et d'un marbre Apollon est sorti ; Son œil a vu le monstre, et le trait est parti; Son arc frémit encore entre ses mains divines ; Un courroux dédaigneux a gonflé ses narines ; Avec ses yeux perçants, devant qui l'avenir, Le passé, le présent, viennent se réunir , Du haut de sa victoire il regarde sa proie, Et rayonne d'orgueil, de jeunesse et de joie. Chez lui rien n'est mortel : avec la majesté Son air aérien joint la légèreté; A peine sur la terre il imprime sa trace; Ses cheveux sur son front sont noués avec grâce. D'un tout harmonieux j'admire les accords; L'œil avec volupté glisse sur ce beau corps. à son premier aspect, je m'arrête, je rêve; Sans m'en apercevoir ma tète se relève, Mon maintien s'ennoblit. Sans temple , sans autels, Son air commande encor l'hommage des mortels; Et, modèle des arts et leur première idole, Seul il semble survivre au dieu du Capitole -.

LE MÊME. L'Imagination, ch. v.

Voyez Ue pallie, Descriptions, même sujet.

DESCRIPTIONS

OP.IGIXE DES I'I.KUVFS.

La mer, dont le soleil attire les vapeurs , Par ces eaux qu'elle perd voit une nier nom elle Se former, s'élever, et s'étendre sur elle. De nuages légers cet amas précieux „ Que dispersent au loin les vents officieux, 'l'an tôt, féconde pluie, arrose nos campagnes, Tantôt retombe en neige, et blanchit nos montagnes. Sur ces rocs sourcilleux, de frimas couronnés, Réservoir des trésors qui nous sont destinés, Les flots de l'Océan apportés goutte à goutte Réunissent leur force, et s'ouvrent une route. Jusqu'au fond de leur sein lentement répandus, - Dans leurs veines errants, à leurs pieds descendus , On les en voit enfin sortir à pas timides, D'abord faibles ruisseaux, bientôt fleuves rapides. Des racines des monts qu'Annibal sut franchir ' , Indolent Ferrarois, le Pô va l'enrichir ; ■Impétueux enfants de cette longue chaîne, Le Rhône suit vers nous le torrent qui l'entraîne , Kl son frère, emporté par un contraire choix, Sorti du même sein, va chercher d'autres lois. Riais enfin, terminant leurs courses vagabondes, Leur antique séjour redemande leurs ondes. Ils les rendent aux mers; le soleil les reprend : Sur les monts, dans les champs, l'aquilon nous les rend.

Telle est de l'univers la constante harmonie : De son empire heureux la discorde est bannie. Tout conspire pour nous, les montagnes, les mers, L'astre brillant du jour, les fiers tyrans des airs. Puisse le même accord régner parmi les hommes! racine le (Ils. La Religion, ch. ux.

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