‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 370 sur 649 · DEFINITION POÉTIQUE · texte numérisé non relu

DEFINITION POÉTIQUE

PRÉCEPTES DU GENRE

Avec moins de développement et d'étendue, te poète ne laisse pas de définir le plus souvent s la manière de l'orateur.

L'ambassadeur d'un roi m'est toujours redoutable; Ce n'est qu'un ennemi sous un titre honorable, Qui vient , rempli d'orgueil ou de dextérité , Insulter ou trahir avec impunité.

voltaire.

Qu'un ami véritable est une douce chose!

Il cherche vos besoins au fond de votre cœur;

11 vous épargne la pudeur

De les lui découvrir vous-même ;

Un songe, un rien, tout lui fait peur

Quand il s'agit de ce qu'il aime.

LA FONTAINE

Quels traits me présentent vos fastes, Impitoyables conquérants?

Des vœux outrés , des projets vastes , Des rois vaincus par des tyrans; Des murs que la flamme ravage , Un vainqueur fumant de carnage, In peuple aux fers abandonné ; Des mères pâles et sanglantes , Arrachant leurs fdles tremblantes Des bras d'un soldat effréné.

ROUSSEAU

Ce dernier tableau de la strophe est précisément ce que Quintilien a oublié dans la description beaucoup plus ample qu'il a faite du saccagement d'une ville.

En fait de définitions poétiques , rien n'est au-dessus de celle de la constance de l'homme îjuste , telle qu'Horace l'a donnée.

Juslum ac tenacem proposai virum *

Non civium ardor prava jubentium , Non vullus inslantis lyrannl Mente qualil solidâ, najue Ausler, Dux inquieti turbidus Adrice , Necfulminanlis magna Jovis manus' Si fraclus illabatur orbis , tmpavidum ferient ruince.

Ce vieillard qui , d'un vol agile , Fuit toujours sans être arrêté ; Le Temps, cette image mobile De l'immobile éternité.

ROUSSEAU

Les poètes eux-mêmes définissent assez souvent à la manière des philosophes , quant à l'exactitude et à la précision , mais , en images ou en sentiment , avec la langue poétique.

Et qui jamais définira mieux la mort du sage, que la Fontaine poète l'a fait en un vers ?

Rien ne trouble sa fin; c'est le soir d'un beau jour.

La plupart- des définitions poétiques ne sonl que des descriptions : les poètes en sont pleins, singulièrement Ovide et la Fontaine , le premier dans ses Métamorphoses , le second dans ses Fables ; et l'on a peine à concevoir , en lisant notre fabuliste , que, d'une langue assez peu favorable aux peintures physiques , il ait tiré cette multitude de traits fins , délicats et justes , dont il a formé ses définitions. On en verra dans une seule fable deux exemples inimitables; carie pinceau de la Fontaine est malheureusement perdu :

un souriceau tout jeune , et qui n'avait rien vu .

Fut presque pris au dépourvu.

Voici comme il conta l'aventure â sa mère . J'avais franchi les monts qui bornent cet L'ta».

Et- trottais comme un jeune rat.

Qui cherche à se donner carrière , Lorsque deux animaux m'ont arrêté les yeuxj

L'un doux , bénin et gracieux , Et l'autre turbulent et plein d'inquiétude :

Il a la voix perçante et rude ,

Sur sa tête un morceau de chair, Une sorte de bras dont il s'élève en l'a!"

Comme pour prendre sa volée ,

La queue en panache éiMv.

Qui ne reconnaît pas le coq ?

Sans lui j'aurais fait connaissance Avec cet animal qui m'a semblé si doux.

Il est velouté comme nous , Marqueté , longue queue , une humble contenance.

DÉFINITIONS

Un modeste regard , et pourtant l'œil luisant.

Je>le crois fort sympathisant Avec messieurs les rats ; car il a les oreilles

En figure aux nôtres pareilles

Le chat peut-il être mieux peint?

Le caractère de la définition poétique , ainsi que de la définition oratoire , est de ne peindre son objet que dans son rapport avec l'intention de l'orateur ou du poëte : de là vient que de la même chose il peut y avoir plusieurs définitions différentes , et dont chacune aura sa vérité et sa justesse relative. Vingt dessinateurs places autour du modèle font vingt ligures différentes ; le même paysage produira différents tableaux , selon les points de vue et les aspects que les peintres auront choisis ; la diversité des situations morales produit la même variété dans les définitions oratoires ou poétiques, au lieu que la définition philosophique doit être entière et invariable , c'est-àdire embrasser la totalité de l'objet , au moins dans son essence , en présenter l'idée et complète et distincte , lui ressembler dans tous les points, et ne ressembler qu'à lui seul. Le philosophe n'a point de situation particulière et momentanée ; il tourne autour de la nature.

Enfin , soit en poésie , soit en éloquence , un mérite essentiel de la définition, c'est l'à-propos. Tout ce qui d'un seul mot se fait concevoir nettement , pleinement, et sans équivoque ,n'a pas besoin d'être défini. Ce n'est qu'à éclaircir, à développer ou à circonscrire une idée , que l'on doit employer la définition ; et il en est de cette partie de l'art d'écrire , comme de toutes les autres: pour avoir sa beauté réelle , et pour satisfaire à la fois le goût et la raison , elle doit contribuer à la solidité de l'édifice , dont elle est l'ornement; bien entendu que , selon le genre , elle peut tenir plus ou moins du luxe ou de l'utilité ; car il en est de l'éloquence et de la poésie comme de l'architecture : tel genre est plus restreint au nécessaire , tel autre accorde plus à la magnificence et à la décoration.

marmontfx. Éléments de Littérature, t. 11.

Qui n'a relu souvent, qui n'a point admiré Ce livre par le ciel aux Hébreux inspiré? Il charmait à la fois Bossuct et Racine. L'un, éloquent vengeur de la cause divine , Semblait, en foudroyant des dogmes criminels, Du haut du Sinaï tonner sur les mortels; L'autre, de traits plus tiers ornant la tragédie ,

«Moïse. (IV. E) 2 La mer nouge. (N. E.) S Le mont Sinaï. (n.e.) «Salomon.filsde David. (N.E.)

Portait Jérusalem sur la scène agrandie. Rousseau saisit encor la harpe de Sion, Et son rhylhme pompeux, sa noble expression, S'éleva quelquefois jusqu'au chant des prophètes.

Imitez cet exemple, orateurs et poètes : L'enthousiasme habite aux rives du Jourdain, Au sommet du Liban , sous les berceaux d'Éden. Là, du monde naissant vous suivez les vestiges, Et vous errez sans cesse au milieu des prodiges. Dieu parle, l'homme naît; après un court sommeil, Sa modeste compagne enchante son réveil. Déjà fuit son bonheur avec son innocence : Le premier juste expire; ô terreur! ô vengeance! Un déluge engloutit le monde criminel.

Seule , et se confiant à l'œil de l'Eternel , L'arche domine en paix les flots du gouffre immense, Et d'un monde nouveau conserve l'espérance. Patriarches fameux , chefs du peuple chéri, Abraham et Jacob , mon regard attendri Se plaît à s'égarer sous vos paisibles tentes : L'Arien» montre encor vos traces éclatantes, Et garde 6c vos mœurs la simple majesté. Au tombeau de P-vhel je m'arrête attristé , Et tout à coup son fils vers l'Egypte m'appelle. Toi qu'en vain poursuivit 'a haine fraternelle, O Joseph, que de fois se couvrit de nos pleurs La page attendrissante où viven* tes malheurs ! Tu n'es plus. O revers! près du PO amenées, Les fidèles tribus gémissent enchaînées.

Jéhovah les protège , il finira leurs Lpaux. Quel est ce jeune enfant qui flotte sur '«« faux '? L'est lui qui des Hébreux finira l'esclavage. Fille des Pharaons, courez sur le rivage, Préparez un abri , loin d'un père cruel , A ce berceau chargé des destins d'Israél. La mer 2 s'ouvre : Israël chante sa délivrance. C'est sur ce haut sommet 3 qu'en un jour d'allian. Descendit avec pompe, en des torrents de feu, Le nuage tonnant qui renfermait un Dieu. Dirai-je la colonne et lumineuse et sombre, Et le désert témoin de merveilles sans nombre? Aux murs de Gabaon le soleil arrêté?

Rulh, Samson , Débora , la fille de Jephté Qui s'apprête à la mort, et parmi ses compagnes, Vierge encor, va deux fois pleurer sur les montagnes? Mais les Juifs aveuglés veulent changer leurs lois ; Le ciel , pour les punir, leur accorde des rois. Saiil règne; il n'est plus; un berger le remplace : L'espoir des nations doit sortir de sa race : Le plus vaillant des rois du plus sage est suivi*. Accourez, accourez, descendants de Lévi, Et du temple éternel venez marquer l'enceinte.

Cependant dix tribus ont fui la Cité sainte. Je renverse, en passant, les autels des faux dieux; Je suis le char d'Ëlie emporté dans les cieux; Tobie et Raguel m'invitent à leur table : J'entends ces hommes saints, dont la voix redoutable, Ainsi que le passé, racontait l'avenir.

Je vois, au jour marqué, les empires finir. Sidon, reine des eaux, tu n'es doue plus que cendre! Vers l'Euphrate étonné, quels cris se font entendre 5? Toi qui pleurais, assis près d'un fleuve étranger, Console-toi, Juda; tes deslins vont changer. Regarde celte main vengeresse du crime, Qui désigne à la mort le tyran qui t'opprime".

SCaplivitO de Eabylone. 'Pi E.)

6 EalUiazar, roi île Babylone. Pendant un festin, une mai divine Ocrivit sa condamnation sur les murailles de la salle

DEFINITIONS

Bientôt Jérusalem reverra ses enfants; Esdras et Machabée , et ses fils triomphants Raniment de Sion la lumière obscurcie.

Ma course enfin s'arrête au berceau du Messie.

DE FONTANES-

l'ange gardien.

Dieu se lève , et soudain sa voix terrible appelle De ses ordres secrets un ministre fidèle , Un de ces esprits purs qui sont chargés par lui De servir aux humains de conseil et d'appui , De lui porter leurs vœux sur leurs ailes de flamme , De veiller sur leur vie et de garder leur âme. Tout mortel a le sien : cet ange protecteur, Cet invisible ami veille autour de son cœur,. L'inspire, le conduit, le relève s'il tombe , Le reçoit au berceau , l'accompagne à la tombe, Et, portant dans les cieux son âme entre ses mains , La présente en tremblant au juge des humains. C'est ainsi qu'entre l'homme et Jéhovah lui-même, Entre le pur néant et la grandeur suprême , D'êtres inaperçus une chaîne sans fin Réunit l'homme à l'ange et l'ange au séraphin; C'est ainsi que, peuplant l'étendue infinie, Dieu répandit partout Fesprit, l'âme et la vie.

DE LAMARTINE- NOUV. Médit, poét-, MCtlit. XIV.

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