‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 374 sur 649 · LA REPUBLIQUE ET LA MONARCHIE · texte numérisé non relu

LA REPUBLIQUE ET LA MONARCHIE

Ne vous flattez- vous pas d'un charme imaginaire? Seigneur, ainsi qu'à vous , la liberté m'est chère 4 : Quoique né sous un roi , j'en goûte les appas ; Vous vous perdez pour elle, et n'en jouissez pas. Est-il donc, entre nous, rien de plus despotique Que l'esprit d'un Etat qui passe en république? Vos lois sont vos tyrans ; leur barbare rigueur Devient sourde au mérite, au sang, à la faveur: Le sénat vous opprime , et le peuple vous brave; Il faut s'en faire craindre , ou ramper leur esclave. Le citoyen de Rome , insolent et jaloux , Ou hait votre grandeur, ou marche égal à vous. Trop d'éclat l'effarouche : il voit, d'un œil sévère, Dans le bien qu'on lui fait, le mal q u'on peut lui faire , Et d'un bannissement le décret odieux Devient le prix du sang qu'on a versé pour eux.

Je sais bien que la cour, seigneur, a ses naufrages , Mais sesjours sont plusbeaux, son ciel a moinsd'orages; Souvent la liberté, dont on se vante ailleurs , Etale auprès d'un roi ses dons les plus flatteurs. Il récompense, il aime, il prévient les services: La gloire auprès de lui ne fuit point les délices. Aimé du souverain , de ses rayons couvert, Vous ne servez qu'un maître, et le reste vous sert. Ebloui d'un éclat qu'il respecte et qu'il aime, Le vulgaire applaudit jusqu'à nos fautes même. Nous ne redoutons rien d'un sénat trop jaloux, Et les sévères lois se taisent devant nous.

voltaire. Brutus, act. II, «C. II,

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