‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 376 sur 649 · LE LEGISLATEUR · texte numérisé non relu

LE LEGISLATEUR

Je suppose en tes mains l'autorité suprême : Comment résoudras-tu ce vaste et beau problème De l'homme à l'homme égal, libre et de fers chargé? De l'homme protégeant pour qu'il soit protégé ; Pour qu'il règne, soumis; donnant pour qu'il possède, Et n'usant de ses droits que parce qu'il les cède? Sauras-tu rendre ainsi , par un traité commun , Chacun l'appui de tous, tous l'appui de chacun; Au sein du trouble même appelant l'harmonie , Faire d'enfants rivaux une famille unie ; Et lorsque l'intérêt vient de les détacher, Au nom de l'intérêt encor les rapprocher ; Régler jusqu'au pouvoir où je te vois prétendre, Ne pas trop le restreindre et ne pas trop l'étendre?... Vois-tu ces fils légers que l'art n'a point tissus , Humbles débris du chanvre et de sa tige issus , Pareils dans leur faiblesse à ces pièges fragiles Que la vive Arachné tend sous ses doigts agiles? Frêles comme la feuille errante dans nos champs , Ils voltigent comme elle au caprice des vents ; Mais attendons , ami , que l'art qui les rassemble, En câbles, dans nos ports, les arrondisse ensemble : Bientôt tu les verras, jusqu'aux cieux élancés, Lever les rocs pesants dans les airs balancés, Soutenir , promener sur les mers blanchissantes Le poids des mâts tremblants, des voiles frémissantes; Et, robustes jouets de l'orage et des eaux, D'un hémisphère à l'autre emporter nos vaisseaux. L'art qui sut de ces fils diriger l'alliance , Des grands législateurs t'explique la science.

LAYA. Épitre à un jeune cultivateur.

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