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L'ART DU PEINTRE, DÉCRIT PAR LE POETE

Admirable en effet, et qui lient du prodige!... Oh ! oui, sans doute, Armand, quel charme ! quel pres- Avec un peu de toile, un pinceau, descouleurs, [tige! Tu peins l'azur du ciel, le bel émail des fleurs, Le cristal d'une eau pure, et la naissante aurore, Et ce jour qu'après lui le soleil laisse encore; Les rochers et les bois, les prés et leurs troupeaux; Et ces ports animés par de nombreux vaisseaux. Ce mélange savant et de lumière et d'ombre Donne une clarté vive, une teinte plus sombre, Qui délacue, prolonge, arrondit les objets ;

Et tour à tour, au gré de ses divers sujets,

Respirant la terreur, la grâce, la noblesse,

Le peintre toujours trompe, et nous ravit sans cesse

De son art enchanteur, ô magique pouvoir!...

Sousson pinceau vivant... douce erreur ! on croit voir

Atalante qui court, Mercure qui s'envole :

Il peint le mouvement, et... presque la parole.

Mais quoi ! ce ne sont là que de ses moindres traits :

Des passions il sait rendre les grands effets ;

Et, plein de passion lui-même , il nous entraîne

De la crainte à l'espoir, de l'amour à la haine,

Du faite de l'Olympe au séjour des remords .•

Il évoque l'absent, il ranime les morts;

Et, des temps reculés nous retraçant l'histoire,

lui-même il éternise à son tour sa mémoire.

ûollin-d'harleville. Les Ârlisiet, acte i«r, scène ni.

Forêt silencieuse , aimable solitude, Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré! Dans vos sombres détours, en rêvant égaré^ J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude! Prestige de mon cœur! je crois voir s'exhaler Des arbres, des gazons une douce tristesse; Cette onde que j'entends murmure avec mollesse, Et dans le fond des bois semble encor m'appeler. Oh! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière Ici , loin des humains!... au bruit de ces ruisseaux; Sur un tapis de fleurs , dans ce lieu solitaire, Qu'ignoré, je sommeille à l'ombre des ormeaux ! Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilica; Ces genêts, ornements d'un sauvage réduit, Ce chèvrefeuille atteint d'un vent léger qui fuit, Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles. Forêts, agitez-vous doucement dans les airs! A quel amant jamais serez-vous aussi chères? D'autres vous confiront des amours étrangères ; Moi, de vos charmes seuls j'entretiens les déserts,

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