‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 382 sur 649 · L IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

L IMPRIMERIE

L'homme aîdé du travail, ce premier des trésors, Ne découvre le bien qu'après de longs efforts; Jusqu'à la vérité par le doute guidée, Chaque idée à son Cl attache une autre idée; Les arts naissent des arts. D'abord , lorsque du lin La dépouille se change en un brillant vélin , Sur un frêle tissu Pécrilure tracée Donne un corps à la voix, un être à la pensée. A peine un bois flexible, habilement taillé, En mobile alphabet se creuse travaillé, Sur les ardents brasiers où la fonte s'écoule Le plomb industrieux se façonne, se moule, Et des pensers muets dans l'esprit renfermés Fait parler à nos yeux les signes animés; Les lettres, dont le choix en mots divers s'assemble, Dans un cadre allongé se nivellent ensemble; Quand sur ces mots unis, sans être confondus. De la noire liqueur les flots sont répandus, Pour la boire à son tour, de ses pages légères Le blanc papier revêt les sombres caractères. Alors gémit la presse, et, foulés avec bruit, Ces types variés , que le métal produit, Gravent, d'un seul instant ouvrage indélébile, Sur la feuille mouvante une empreinte immobile. 0 prodige! Le temps, vainqueur des autres arts, Roule son char poudreux sur leurs débris épars; Mais l'ame, inaccessible aux lois de la matière, Confidente du ciel , se survit tout entière ; Ses chefs-d'œuvre , gardés par un soin merveilleux, Rapprochent la dislance et des temps et des lieux , Embrassent l'univers, et, sans peur des naufrages, Voguent indépendants sur l'océan des âges.

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