‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 383 sur 649 · LES SCIENCES NATURELLES · texte numérisé non relu

LES SCIENCES NATURELLES

Si jadis tes aïeux parèrent ta maison Des bizarres beautés d'un gothique écusson , Dans tes jardins, partout, je vois que ton génie L'orna plus sagement des travaux d'Uranie. Ici, sur un pivot vers le nord entraîné, L'aimant cherche à mes yeux son point déterminé. Là, de l'antique Hermès le minéral fluide S'élève au gré de l'air plus sec ou plus humide. Ici, par la liqueur un tube coloré, De la température indique le degré '.

Là, du haut de tes toits, inclinés vers la terre, Un long il 1 électrique écarte le tonnerre. Plus loin la cucurbile, à l'aide du fourneau s, ! De légères vapeurs mouille son chapiteau. Le règne végétal , analysé par elle , Offre à l'œil curieux tous les sucs qu'il recèle; Et. plus haut je vois l'ombre , errante sur un mur, Faire marcher le temps d'un pas égal et sûr 3.

colardeao. Épilre à M. Duhamel.

', Pour les cœurs corrompus l'amitié n'est point faite. 0 divine amitié, filieiU parfaite ,

i Le baromôlic et le tiicrinomclrc.

4 On donne le nom de cucurbltc à la chaudière d'un alambic, il dérive du latin cueurOila, citrouille, dont ce vase rappelle la forme. (N. E.)

Seul mouvement de l'âme où l'excès soit permis, Change en bien tous les maux où le ciel m'a soumis ,' Compagne de mes pas, dans toutes mes demeures, Dans toutes les saisons, et dans toutes les heures, Sans loi, tout homme est seul ; il peut, par ton appui, Multiplier son être, et vivre dans autrui. Idole d'un cœur juste, et passion du sage, Amitié! que ton nom couronne cet ouvrage; Qu'il préside à mes vers comme il règne en mon cœur: Tu m'appris à connaître , à chanter le bonheur 4. voltaire. Mélanges de poésies.

l'espérance et le sommeil.

Du Dieu qui nous créa la clémence infinie, Pour adoucir les maux de cette courte vie, A placé parmi nous deux êtres bienfaisants , De la terre à jamais aimables habitants, Soutiens dans les travaux , trésors dans l'indigence : L'un est le doux sommeil , et l'autre est l'espérance. L'un, quand l'homme accablé sent de son faible corps Les organes vaincus sans force et sans ressorts, Vient par un calme heureux secourir la nature, Et lui porter l'oubli des peines qu'elle endure; L'autre anime nos cœurs, enflamme nos désirs, Et même en nous trompant donne de vrais plaisirs : Mais aux mortels chéris à qui le ciel l'envoie, Elle n'inspire point une infidèle joie, Elle apporte de Dieu la promesse et l'appui; Elle est inébranlable et pure comme lui.

le même. Henriade , cb. vil.

. . . . Rien n'est plus ordinaire; C'est un litre banal ; on ne peut faire un pas Qu'on ne voie accorder ce nom imaginaire A tout venant, à gens qui ne sont bien souvent Que des cerveaux brûlés , des lèles à l'évent,

Que les plus fats de tous les hommes.

Ce qu'on prend pour l'esprit, dans le siècle où nous N'est, ou je me trompe fort, [sommes,

Qu'une frivole effervescence, Qu'un accès, une fièvre, un délire, un transport, Que l'on nomme autrement, faute de connaissance. Proverbes, quolibeis, folles allusions, Pointes, frivolités plaisamment habillées, Quelque superficie , et des expressions

Artislement entortillées ;

Joignez-y le ton suffisant :

Voilà les qualités de l'esprit d'à présent. Pour moi r mon avis est, dût-il paraître étrange, Que ces petits messieurs qui sont si florissants , Feraient un marché d'or, s'ils donnaient en échange Tout ce qu'ils ont d'esprit pour un peu de bon sens\ la chaussée. École des Mères, acte m, scène m.

l'esprit de parti.

Celui qui nous défend de nous servir du DÔtïï Qui , dans les factions nous tenant engagés,

3 Cadran solaire.

4 Voyez en prose, Défaillions, Morale religieuse , ou Pkh losophie pratit/ue, inCme sujet.

5 Voyez lr« parle Deiiwtiont en prose , même sujet.

DEFINITIONS

Infecte la raison par les sots préjugés,

Lui fait voir les objets tels qu'il les voit lui-même;

Qui de sang-froid échauffe et rend fou par système,

Veut que l'homme aveuglé , fuyant ce qui lui plaît,

Soit l'homme d'une secte , et non pas ce qu'il est ;

Qui le livre en esclave à l'erreur mensongère ,

Et rend faux ou douteux le vrai qu'il exagère;

Fait sur tous, contre tous, en toute occasion ,

Appuyer le tranchant de sa décision ;

Dont la morgue insultante, à quiconque l'écoute,

Interdit la réplique et s'indigne d'un doute;

Condamne sans appel un avis différent,

Et, de la tolérance apôtre intolérant,

De la société détruisant l'équilibre,

Prétend tout asservir en criant : « Tout est libre. »

Esprit aigre, chagrin, ennemi du repos,

Qui fait que dansle monde, ainsi qu'en un champ clos,

Il faut être sans cesse armé pour se défendre;

Que les plus querelleurs onUe plus à prétendre,

Que ne céder jamais est la suprême loi ,

Qu'on se hait à la mort, et sans savoir pourquoi.

0 rage des partis! noir esprit des cabales!

Ton absurde fureur est aux vertus morales

Ce qu'est le fanatisme à la religion...

ciiabanON. Dialogue de l'Esprit de Parli.

MÊME SUJET

Ecoutez mon histoire :

Je brûlais de voir Londre, et me plaisais à croire Que cette ville était un séjour enchanté, Par le goût, les plaisirs, les amours habité. La tête m'en tournait durant la traversée. A peine en débarquant vous avais -je embrassée , Dans un cercle je cours me présenter : je croi Que tous les yeux d'abord vont se fixer sur moi; Qu'il me faudra conter mes combats, mes vovages , Des pays que j'ai vus les mœurs et les usages ; Point. « Monsieur, me dit-on, pour toute question, Sert-il le ministère, ou l'opposition? »

— « Je sers le roi, messieurs, et je n'eus de ma vie D'amis ni d'ennemis que ceux de ma patrie. »

On rit de ma réponse. « Il faut, je le vois bien , Être homme de parti chez vous , ou n'être rien; Soit, je vais faire un choix : le côté dont on cite Le plus de gens d'honneur, je m'y range au plus vite. Quel est cet homme? — Un fou pétri d'ambition, Et sans talent. — Il est?... — De l'opposition.

— Cet autre? Un député que sa femme dirige : Bel esprit politique, elle enfante et rédige Ces longs projets de loi , ces éternels discours Qu'à la chambre monsieur débite tous les jours... » Mon censeur continue, et, dans ce qu'il me nomme Parmi les opposants, pas un seul galant homme;

Tout l'honneur, le mérite est de l'autre côté t

Il en était. Un autre est par moi consulté,

Qui, sur les mêmes gens, me dit tout le contraire.

Oh ! pour le coup , je vis ce que j'avais à faire ;

Et, me narguant des fous , sans égard aux couleurs ,

Je n'en pris point, plutôt que d'arborer les leurs.

Mais ma neutralité me rendit leur victime :

De l'un à l'autre bord chacun m'en lit un crime,

Tira sur moi; n'importe ! 11 est plus courageux

De braver les partis que d'errer avec eux.

bert et Onésime leroy. L'Esp de Parti, act. vt, se- 1".

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