‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 387 sur 649 · AUTRE DEVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

AUTRE DEVELOPPEMENT

La Fontaine représente toutes les puissances de la nature en action dans ce paysage. On y voit le soleil, le vent, l'orage , l'eau , une grande montagne, un chêne et un roseau , enfin un roitelet , puissance animale. Il n'y a pas de doute que si son sujet eût comporté un personnage humain , et surtout une nymphe , il ne l'eût rendu plus intéressant. Mais , à son défaut , il personnifie ses deux acteurs inanimés ; il donne au chêne un front au Caucase pareil , un dos qui ne courbe jamais , une tête au ciel voisine , et des pieds qui touchent à l'empire des morts. Il lui suppose des sentiments convenables à sa taille , un orgueil protecteur, une compassion dédaigneuse; il lui oppose un faible roseau , jouet des vents , mais humble, patient, content de son sort, cl qui trouve sa sûreté dans sa faiblesse même. Il relève ensuite , par des expressions sublimes, son site naturellement circonscrit, et y ajoute des lointains par des images accessoires. Il appelle les marais, humides bords des royaumes du vent; il peint le vent lui-même en le personnifiant. Enfin , arrive la catastrophe, pour servir d'élernellc leçon aux grands et aux petits. La moralité de cette fable n'est point récapitulée en maxime au commencement ou à la fin , comme dans les autres fables de la Fontaine; mais elle est répandue partout , ce qui vaut encore mieux. C'est le lecteur lui-même , cl non l'auteur, qui la tire. Lorsqu'elle est entremêlée avec la fiction, la fable ressemble à ces riches étoffes où l'or et la

FABLES

soie sont filés ensemble. Cependant la morale de celle-ci paraît se montrer dans les expressions mêmes de sa dernière image. Elles conviennent également au chêne orgueilleux déraciné par le vent , et aux grands de la terre renversés par des causes souvent aussi légères.

bernardin de sniHT-viKRKK , Harmonies de la Nature, tom. I.

Page 1