LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES. MODÈLE D'EXERCICE
tn octogénaire plantait.
Passe encor de bâtir; mais planter à cet âge , Disaient trois jouvenceaux, enfants du voisinage ,
Assurément il radotait.
Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples , plus vifs , plus nets , plus riches , d'un tour plus piquant.
Car, au nom des dieux, je vous prie, Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir? Autant qu'un patriarche il vous faudrait vieillir.
Au nom des dieux est affectueux , je vous prie est familier, labeur est très-poétique ; qu'on essaye de mettre travail : patriarche, familier encore.
A quoi bon charger votre vie Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous?
Il est difficile de dire mieux la même chose , et en moins de mots : charger, expression forte ; charger votre vie, tour poétique.
Ne songez désormais qu'à vos fautes passées :
Quittez le long espoir et les vastes'pensécs ;
Tout cela ne convient qu'à nous.
Le caractère du jeune homme est peint dans ce discours ; le fond en est désobligeant. Songez à vos fautes tient de l'outrage. Quittez le long espoir et les vastes pensées. Quel vers ! qu'il est riche , qu'il est harmonieux ! quel champ d'idées pour le lecteur ! long espoir est un latinisme qui fait beauté * . Tout cela ne convient qu'à nous : c'est la confiance du Chêne.
II ne convient pas à vous-mêmes , Repartit le vieillard. Tout établissement Vient tard et dure peu.
Cette maxime , très-belle , très-importante , est placée on ne peut mieux dans la bouche d'un vieillard d'une expérience consommée.
La main des Parques blêmes De vos jours et des miens se joue également.
Blême fait image, c'est le pallida Mors d'Horace . Le poète a imité le reste de la pensée de l'auteur
Y lt* summa bievis ijern nos vetal inchoarc longam. HOR..OJ. 4, liv. \n. (N. E.j'
latin , mais en la rajeunissant par un tour nouveau. Horace avait dit : La pâle Mort heurte également du pied à la porte des rois et à celle des bergers ; la Fontaine dit : La Parque blême se joue également de la vie des jeunes et de celle des vieux.
..... Est-il aucun moment
Qui vous puisse assurer d'un second seulement?
C'est un raisonnement plein de philosophie. On voit avec quelle force il est rendu , et quel est l'effet du mot seulement placé au bout du vers.
Mes arrière-neveux me devront cet ombrage.
Eh bien ! défendez-vous au sage De se donner des soins pour le plaisir d'autrui? Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui : J'en puis jouir demain, et quelques jours encore.
Il n'est rien de plus noble que ce sentiment. Si nos pères n'avaient travaillé que pour eux, de quoi jouirions-nous ?
Ce tour poétique donne un air gracieux à une pensée triste par elle-même.
Le vieillard eut raison : un des trois jouvenceaux Se noya dès le port, allant en Amérique; L'autre, afin de monter aux grandes dignités, Dans les emplois de Mars servant la république, Par un coup imprévu vit ses jours emportés ;
Le troisième lomba d'un arbre
Que lui-même voulait enter :
Et, pleures du vieillard, il grava sur leur marbre ' Ce que je viens de raconter.
Le caractère du vieillard se soutient jusqu'au bout. 11 les pleura , quoiqu'ils lui eussent parlé avec peu de respect; mais il a tout pardonné à la vivacité de leur âge : il gémit de les voir^itôt moissonnés.
la fontaine, développé par LE batteux.