L'A-PROPOS
Cet infatigable vieillard
Qui toujours vient , qui toujours part , Qu'on appelle sans cesse, en craignant ses outrages, Qui mûrit la raison, achève la beauté, Et que suivent en foule, à pas précipité, Les heures et les jours, et les ans et les âges, Le Temps, qui rajeunit sans cesse l'univers, Et, de l'immensité parcourant les espaces, Détruit et reproduit tous les mondes divers , Un jour, d'un vol léger suspendu dans les aire , Aperçut Aglaé , la plus jeune des Grâces. ! Son cortège nombreux fut prompt à s'écarter, Le dieu descendit seul vers la jeune immortelle : Ainsi l'on voit encore., à l'aspect d'une belle, Les heures, les jours fuir, et le temps s'arrêter. Il parut s'embellir par le désir de plaire;
Et sans doute le dieu du temps Sut préparer, sut choisir les instants,
Ceux de parler , ceux de se taire- Un autre dieu naquit de ce tendre mystère :
Cherchez la troupe des Amours,
La plus leste, la plus gentille,
Vous l'y rencontrerez toujours :
C'est un enfant de la famille.
Le don de plaire promptement, Les rapides succès, les succès du moment,
Forment surtout son apanage ;
Il est le dieu des courtisans , Et la faveur des cours est encor son ouvrage, Même quand elle vient par les soins et les ans;
Il donne de la vogue au sage,
Quelquefois de l'esprit aux sots , Le bonheur aux amants, la victoire aux héros. On ne le voit jamais revenir sur ses traces; Il fuit comme le Temps, il plaît comme les Grâces;
Et c'est le dieu de l'à-propos.
LE DON DU CONTRE-TEMrS.
Tout l'univers sait comment Vénus reçut dans la Grèce , Pour unique vêlement, Sa ceinture enchanteresse.
On sait moins communément Que l'époux de la déesse Reçut du sort malfaisant Un charme d'une autre espèce :
C'est une lourde besace Où les dieux avaient jeté Esprit, savoir et galle, Tous trois pris hors de leur place; Ensuite l'empressement,
* VuyozVt'fiiiilions,
■ voj kl .■lllCtjarles, en prose.
ALLÉGORIES
Qui va , vient et se démène , ki se met tout hors d'haleine, Pour manquer le vrai moment- Dans ses énormes sacoches, Pleines de talents pareils, Vous trouverez les reproches , Les soupçons et les conseils, Et la morgue du précepte, Le rire faux et l'inepte, Les pédanlismes divers , Même celui des bons airs , Et tant de petites ruses Des grandes prétentions , Et les mauvaises excuses Des bonnes intentions.- Mais , fût-on la beauté même, N'eût-on que quinze ou vingt ans , Entre ces dons importants Sûrs de déplaire en tout temps, Le premier, le don suprême , C'est le don du contre-temps.
Or, sur la voûte céleste Vulcain marchant de travers , Par un accident funeste Son sac s'ouvrit dans les airs ; Et, tout sortant pêle-mêie, Tous ces talents entassés Sont tombés comme la grêle Sur gens que vous connaissez.
LE tàilllB.