L'ENVIE ET SON ANTRE
Au pied du mont où le fils de Latone Tient son empire, et du haut de son trône Dicte à ses sœurs les savantes leçons , Qui de leurs voix régissent tous les sons, La main du Temps creusa les voûtes sombres D'un antre noir, séjour des tristes ombres, Où l'œil du monde est sans cesse éclipsé, Et que les vents n'ont jamais caressé.
Là, de serpents nourrie et dévorée, Veille l'Envie, honteuse et retirée.
Monstre ennemi des mortels et du jour, Qui de soi-même est l'éternel vautour, Et qui , traînant une vie abattue, Ne s'entretient que du Gel qui le tue : Ses yeux caves, troubles et clignotants, De feux obscurs sont chargés en tout temps. Au lieu de sang, dans ses veines circule Un froid poison qui les gèle et les brûle, Et qui , de là , porté par tout son corps , En fait mouvoir les horribles ressorts.
Son front jaloux et ses lèvres éteintes Sont le séjour des soucis et des craintes. Sur son visage habile la pâleur ; Et dans son sein triomphe la douleur, Qui sans relâche à son âme infectée Fait éprouver le sort de Prométhée.
j -b. rousseau. Allégories.
Le plus cruel de tous, dans ses sombres caprices, Le plus lâche à la fois, et le plus acharné,
Qui plonge au fond d'un cœur on trait empoisonné Ce bourreau de l'esprit, quel est-il? C'est t'Envie. L'Orgueil lui donna l'être au sein de la Folie : Rien ne peut l'adoucir, rien ne peut l'éclairer; Quoi<;u'enfant de l'Orgueil, il craint de se montrer Le mérite étranger est un poids qui l'accable; Semblable à ce géant si connu dans la Fable 3, Triste ennemi des dieux, par les dieux écrasé, Lançant en vain les feux dont il est embrasé, Il blasphème, il s'agite en sa prison profonde; Il croit pouvoir donner des secousses au monde; Il fait trembler l'Etna dont il est oppressé : L'Etna sur lui retombe, il en est terrassé.
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Là4 gît la sombre Envie, à l'œil timide et louche. Versant sur des lauriers les poisons de sa bouche. Le jour blesse ses yeux dans l'ombre élincelants ; Triste amante des morts, elle hait les vivants. Elle aperçoit Henri , se détourne et soupire. Auprès d'elle est l'Orgueil qui se plaît et s'admire ; La Faiblesse au teint pâle, aux regards abattus, Tyran qui cède au crime, et détruit les vertus; L'Ambition sanglante, inquiète, égarée, De trônes, de tombeaux, d'esclaves entourée; La tendre Hypocrisie, aux yeux pleins de douceur. Le ciel est dans ses yeux, l'enfer est dans son cœur; Le Faux Zèle étalant ses barbares maximes, Et l'Intérêt enfin , père de tous les crimes 5.
le même. Ilcnriade, cii- vu.