‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 427 sur 649 · LA COMÉDIE · texte numérisé non relu

LA COMÉDIE

Maïs bientôt un génie, au visage riant, Magistrat enjoué de l'humaine nature, I Citait au tribunal d'une adroite censure r Les vices échappés à la rigueur des lois. Chacuu vient s'accuser d'une indiscrète voix; Sous le choc irritant des intérêts contraires, { On voit, en traits hardis, jaillir les caractères, De leurs penchants secrets éloquents délateurs, Les ris, d'un peuple doux malins réformateurs, Poursuivent l'ennemi dénoncé sur la scène; '" Le mépris vient sauver des tourments de la haine ; • Le coupable rougit, et ce vivant miroir I Présente l'homme à l'homme étonné de s'y voir.

LE TABLEAU ALLÉGORIQUE , OU LE PEINTRE, LE NOUVEL- LISTE, LE CAPITAINE CORSAIRE, ET LE MÉDECIN.

On l'a dit avant moi , j'ose m'en prévaloir :

Oui , l'Apologue est un miroir;

Mais , dans cette glace fidèle , Cest son voisin qu'on cherche, on ne veut pas s'y voir. Contons à ce propos une fable nouvelle ; Chez un peuple étranger j'en ai pris le sujet : L'auteur fut habitant des bords de la Tamise.

Or, maintenant voici le fait

Que je vais narrer à ma guise.

Émule de Callot, un jeune peintre anglais

S'exerçait au genre bur'esque.

Il forme un jour, de cent bizarres traits, Un tableau tout ensemble et moral et grotesque : La Tamise circule au fond de ce tableau; Des ballots entassés encombrent ses rivages ; Un ours, planté debout sur le pont d'un bateau ,

Est le premier des personnages.

Son œil creux est caché sous un large chapeau ; Une hache , un damas pendent à sa ceinture ; ! . Et mon lourdaud, le nez en l'air,

Flairant quelque riche capture, Semble attendre un bon vent pour se mettre à la mer.

Mais quelle est cette autre merveille Qui fait tant ricaner un groupe de plaisants?

Pourquoi ces éclats si bruyants?

M'y voici : je découvre un petit bout d'oreille. C'est maître Aliboron , en docteur transformé. Son chef est affublé d'une perruque énorme ; On dirait, à le voir de sa lancette armé, Qu'il attend quelque ânon pour le tuer en forme.

Par un dernier coup de pinceau

Couronnons enfin le tableau.

Là paraît un hibou qui porte des lunettes; Entouré de papiers, il rêve, il se nourrit

De la lecture des gazettes :

Jugez combien il a d'esprit!

Ce tableau , si ma Muse a bien su le décrire,

Offrait ample matière à rire :

Aussi gens de tous les états Accouraient pour le voir, et riaient aux éclaiï.

Chacun complimente l'artiste.

H faut en excepter un seul des curieux :

C'est Patridge, le nouvelliste, Qui se croit important, lorsqu'il n'est qu'ennuyeux.

— Ne devinez- vous pas, dit-il, troupe crédule, Que ce peintre malin vous tourne en ridicule? Par exemple, parlez, capitaine Stribord ,

Vous, le plus dur de nos corsaires,

Qui maudissez les vents contraires , N'êtes-vous pas cet ours arrêté dans le port?

— Goddam ! je crois que tu me bernes , Lui répond le marin outré d'un tel discours ;

Mais toi qui me prends pour cet ours ,

Digne orateur de nos tavernes , C'est toi seul que l'artiste a peint dans ce hibou.

— Oui , s'écrie une voix qui part on ne sait d'où , C'est Patridge lui-même. — 0 comble d'insoIeDce ! Réplique ce dernier. Ah! j'en donne ma foi :

Si la cour à l'instant ne répare l'offense , Je ne me mêle plus des affaires du roi. Chacun lui rit au nez ; il écume de rage. Johnston, le médecin, ignorant personnage, L'aborde en plaisantant, veut lui tâter le pouls, Mais Patridge lui dit : — Observez bien cet âne: Votre confrère Gall, sans vous toucher le crâne, Avoûrait qu'on a peint le mignon d'après vous.

A cette apostrophe sanglante, Johnston veut répliquer, mais il reste confus, Lorsqu'il entend cent voix s'écrier en chorus :

— C'est le docteur Johnston que l'âne représente.

Patridge alors reprend avec fureur :

— Ecoutez, capitaine, et vous aussi, docteur : Ce peintre nous a fait une injure commune,

En nous désignant tous ies trois.

Eh bien! messieurs, plus de rancune, Et contre l'insolent portons plainte à la fois.

La foule rit; le trio tonne ; L'artiste cherche en vain à se justifier, Protestant qu'en particulier, Il n'a voulu blesser personne.

On ne l'écoute pas. La cause fait du bruit; Elle est portée enfin au tribunal suprême. J'entends celui du public même :

Par lui le procès est instruit.

i Or, les noms des plaignants que ce juge condamne j Passent bientôt de la ville aux faubourgs :

Dans le corsaire on ne voit plus qu'un ours , t Dans Patridge un hibou, dans le docteur un âne. j A quoi bon vous mettre en courroux ,

[ Si vous reconnaissez vos traits clans quelque fable'' j II n'est, en pareil cas, qu'un parti raisonnable : 1 Ne dites mot: corrigez-vous.

LE B1ILCT.

MORALE RELIGIEUSE , OU PHILOSOPHIE PRATIQUE

la vertu, d'un cœur noble est la marque certaine boileac, Satire V.

EXISTENCE DE DIEU

Consulte Zoroastre1, et Minos, et Solon, Et le sage Socrate , et le grand Cicéron ; Ils ont adoré tous un maître , un juge, un père : Ce système sublime à l'homme est nécessaire; C'est le sacré lien de la société , Le premier fondement de la sainte équité, Le frein du scélérat , l'espérance du juste. Si les cieux, dépouillés de leur empreinte auguste, Pouvaient cesser jamais "de la manifester, Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. Que le sage l'annonce, et que les grands le craignent. Rois, si vous m'opprimez, si vos grandeurs dédaignent Les pleurs de l'iunocent que vous faites couler, Won vengeur est au ciel : apprenez à trembler2.

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