INSTINCT PATERNEL ET MATERNEL DES OISEAUX
Mais pour toi que jamais ces miracles n'étonnent, Stupide spectateur des biens qui l'environnent, O toi, qui follement fais Ion dieu du hasard, Viens me développer ce nid qu'avec tant d'art, Au même ordre toujours architecte fidèle, A l'aide de son bec maçonne l'hirondelle' Comment, pour élever ce hardi bâtiment, A-t-elle, en le broyant, arrondi son ciment7
les glaces. I.'orllc est employée comme remède , cic. (fl. E.) s Voyez en prose, infime partie.
4 voyez i« partie, même sujet.
MORALE RELIGIEUSE
Et pourquoi ces oiseaux, si remplis de prudence, Ont-ils de leurs enfants su prévoir la naissance? Que de berceaux pour eux aux arbres suspendus! Sur le plus doux coton que de lits étendus ! Le père vole au loin, cherchant dans la campagne Des vivres qu'il rapporte à sa tendre compagne : Et la tranquille mère, attendant son secours, Échauffe dans son sein le fruit de leurs amours. Des ennemis souvent il repousse la rage , Et dans de faibles corps s'allume un grand courage ». Si chèrement aimés, leurs nourrissons un jour Aux fils qui naîtront d'eux rendront le même amour. Quand des nouveaux zéphyrs l'haleine fortunée Allumera pour eux le flambeau d'hyménée, Fidèlement unis par leurs tendres liens, Ils rempliront les airs de nouveaux citoyens : Innombrable famille , où bientôt tant de frères Ne reconnaîtront plus leurs aïeux ni leurs pères ! Ceux qui, de nos hivers redoutant le courroux, Vont se réfugier dans des climats plus doux, Ne laisseront jamais la saison rigoureuse Surprendre parmi nous leur troupe paresseuse. Dans un sage conseil, par les chefs assemblé, Du départ général le grand jour est réglé : 11 arrive, tout part. Le plus jeune peut-être Demande , en regardant les lieux qui l'ont vu naître, Quand viendra ce printemps par qui tant d'exilés Dans les champs paternels se verront rappelés! racine le fils; La Religion.
MEME 8CJET.
Ainsi qu'adroits chasseurs , architectes savants Contre leurs ennemis , les frimas et les vents , Avec combien d'adresse , instruits par la nature, Us savent de leur nid combiner la structure ! Chaque race choisit et la forme et le lieu ; L'une en ces longs canaux où pétille le feu ; Sur nos toits, sur nos murs, hospitaliers pour elle , Construit de ses enfants la demeure nouvelle 2. L'un au chêne orgueilleux, l'autre à l'humble arbris- De ses jeunes enfants confia le berceau ; [seau , Là, des œufs maternels nouvellement éclose, Sur le plus doux coton la famille repose, Et la laine et le crin , assemblés avec art , De leur tissu serré leur forment un rempart, Dont le tour régulier, l'exacte symétrie , Défirait le compas de la géométrie.
Par un soin prévoyant d'autres placent leurs nids Au lieu le plus propice à nourrir leurs petits. Ici l'amour craintif les cache sous la terre; Là de leurs ennemis pour éviter la guerre , Les suspend aux rameaux mollement balancés s , Et dans ce doux hamac Ses enfants sont bercés. Quelques-uns ont leur toit, leur auvent, leur issue, Qui de leurs ennemis ne peut être aperçue : Chacun a son instinct inspiré par l'amour. Voyez, de ses enfants préparant le séjour, En architecte adroit, mais en père timide, Cet oiseau leur construit une humble pyramide 4,
Mille fois préférable à celles de l'orgueil. Son air mystérieux d'abord étonne l'œil ; Introduit par la porte au sein du vestibule, L'oiseau monte et descend dans une autre ceilt:!^ , Où cachés et bravant les pièges , les saisons , Reposent mollement ses tendres nourrissons. Ainsi, nos toits, nos murs, les forêts, les charmille:', Tout a ses constructeurs, ses berceaux, ses familles; Tout aime, tout jouit, tout bâtit à son tour. Protège, Dieu puissant, ces enfants de l'amour. Le doux chardonneret , la fauvette fidèle , Le folâtre pinson , et surtout philomèle !
Que de charmes n'ont point leursanioursmaiernell Voyez le tendre oiseau réchauffer sous ses ailes Ses petits enfermés dans leur frêle séjour! Tantôt j'ai peint son nid : qui peindra son amour? Eh ! qui peut surpasser le courage du père ? Quel soin peut s'égaler aux doux soins de la mère? Cet être si léger, que le frêne ou l'ormeau Ne voit pas deux instants sur le même rameau , Mère aujourd'hui constante et nourrice assidue, Demeure jour et nuit sur ses œufs étendue. Le père, heureux époux autant qu'heureux amanl, De sa tendre moitié va chercher l'aliment, Ou, sur les bords du nid , se plaçant auprès d'elle, Soulage par ses chants sa compagne fidèle. Des ennemis souvent l'un et l'autre est vainqueur, Et dans de faibles corps se déploie un grand cœur ». Souvent avec ses fils une mère enlevée Vit pour eux, les nourrit, et meurt sur sa couvée. &nmi avec quel soin et quel zèle nouveau Ses parents à voler forment le jeune oiseau! C'est aux heures du soir, lorsque dans la nature Tout est repos, fraîcheur, et parfum , et verdure; ' L'adolescent, ravi de ce bel horizon , S'agite dans son nid devenu sa prison , Il sort , et , balancé sur la branche pliante , Il hésite , il essaye une aile encor tremblante : Le couple, en voltigeant, provoque son essor, Gourmande sa frayeur, l'appelle, et vole encor : Enfin il se hasarde , et , déployant ses ailes , Non sans crainte, il se fie à ses plumes nouvelles. L'air reçoit ce doux poids ; il touche le gazon ; Les parents enchantés répètent la leçon. D'une aile moins novice alors le jeune élève S'enhardit, prend l'essor, s'abat, et se relève; Enfin, sûr de sa force , et plus audacieux , Il part, tout est fini , tous se font leurs adieux; Et l'instinct dénouant la chaîne mutuelle , Un nouveau nœud commence une race nouvelle. delille. Les Trois Règnes, en. vin.