LA RETRAITE
Retraite d'Argenial , vallon tranquille et sombre , Qu'habitent le travail , la paix et le bonheur, Que j'aime à respirer ce reste de fraîcheur, A l'ardeur des étés échappé sous ton ombre!
« Chenues, blanchissantes, Calmantes, du latin canus. s\'oyez, 1" partie, Tableaux, Descriptions et Morale,mème tu je t.
s La Fontaine fait allusion aux croyances de l'astrologie
Le zéphire se plaît flans tes longs peupliers; Ces monts , où deux forêts balancent leur verduiv . Environnent ton sein d'une double ceinture. Courbez-vous sur mon front, rameaux hospitaliers, Source fraîche , où ma main recueille une onde pure, Reviens par cent détours aux bords que tu chéris , Poursuis : que ton murmure,en charmant mes oreilles, Se mêle au bruit léger de cet essaim d'abeilles Qui vole en bourdonnant sur les buissons fleuris. Des chênes ébranlés mutilant les racines , Puissent les noirs" torrents dont le cours inégal Dans un lit de gravier gronde au pied des collines Ne jamais obscurcir ton paisible cristal! Puissent le dieu des champs, et ses nymphes divines, Ecarter loin de loi le chasseur inhumain , Quand , l'oreille aux aguets, sortant du bois voisin , La biche au pied léger, ou le chevreuil timide, Vient se désaltérer à ta source limpide! Ah ! si jamais le ciel , soigneux de mes plaisirs , Fixe ma vie errante au milieu de ces plaines; Je veux que leur enceinte enferme mes désirs , Que mon travail soit libre ainsi que mes loisirs : J'y veux couler en paix des jours exempts de peines. Quand l'ardent Sirius blanchit l'azur des cieux , Quel bonheur de fouler des herbes verdoyantes ; Ou dans les nuits d'hiver, quand un vent pluvieux Vient battre à coups pressés les vitres frémissantes , De rêver à ce bruit qui vous ferme les yeux ! Si je meurs entouré de riantes images, Je ne veux pour tombeau que ces gazons épais. Les passants fatigués de quelques longs voyages Pourront s'y reposer sous des peupliers frais; Mon ombre écartera de leur couche tranquille L'insecte malfaisant , le reptile odieux; Un regret , un soupir, en quittant ces beaux lieux , Me paîront au delà mes soins et mon asile. Voilà mes seuls désirs : puissent-ils plaire aux dieux! 0 vallon fortuné ! paisibles promenades ! Tout ce faste imposant que Paris va m'offrir, Ces palais , ces jardins, eMeurs tristes naïades , Du besoin de vous voir ne sauraient me guérir ; Entre vos monts ailiers, au bruit de vos cascades, Que ne m'est-il donné de vivre et de mourir!
Casimir DELAVIGNK.