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LA BIENFAISANCE, LES VERTUS, SEULS BIENS IMPÉRISSABLES

Comme,auxjoursdel'automne,endessillonsfertiles Le sage laboureur répand les grains utiles Dont le germe fécond , dans la terre humecté , Forme durant l'hiver les trésors de l'été :* Ainsi des biens mortels l'économe fidèle, Qui sur les malheureux les épanche avec zèle , Sème des fruits de vie en des champs précieux, Dont la moisson s'élève et mûrit dans les cieux.

Vous voyez ces torrents qui tombent des nuages , Soudains tributs de l'air, nés du sein des orages; Mais tout n'en ressent pas les humides faveurs. Là , vous n'apercevrez que verdure et que fleurs; Ici l'herbe languit, ou meurt à peine éclose, Dans le terroir ingrat qu'en vain le ciel arrose. Qu'importe que vos dons souvent soient mal placés? Dieu, qui veille sur nous, les voit, et c'est assez. L'abus au bienfaiteur n'en est jamais funeste ; Et, si l'emploi se perd, du moins le bienfait reste.

Ce sont là les vertus, les trésors assurés Qui ne périssent point, et par qui vous vivrez: Elles sont au tombeau nos compagnes fidèles , Et la mort et" l'enfer se tairont devant elles. Ne fondez point ailleurs vos vœux ni voire espoir. Quand vous auriez du trône exercé le pouvoir Quand de siècles sans nombre, au gré de votre envie. Le ciel aurait tissu le cours de voire vie ; Quand pour vous chaque jour eût créé des plaisirs, Et que chaque instant même eût comblé vos désirs,

'Personnage supposé- (N- E.)

2 Voyez Ir» partie.

OU PHILOSOPHIE PRATIQUE

Ce sont des Jours perdus, des instants inutiles, Si vous n'avez prévu ces repentirs stériles, Et ces derniers moments d'ennui, d'obscurité, Qui vous diront trop tard que tout fut vanité.

Tout le fut, le plaisir, la jeunesse et la joie : Vous crûtes en jouir, le Temps en fit sa proie; Il vous en laissait l'ombre, elle fuit à son tour. Bientôt vos yeux éteints ne verront plus le jour. Sur vos fronts sillonnés la pesante vieillesse Imprimera l'effroi, gravera la tristesse; Ses frimas détruiront vos cheveux blanchissants , Vous perdrez le sommeil, ce charme de nos sens; Lesmetsn'aurontpourvousquedes amorces vaines, Vous serez sourds au chant de vos jeunes sirènes ; Vos corps appesantis, sans force et sans ressorts, Feront pour se traîner d'inutiles efforts. La mort, d'un cri lugubre, annoncera votre heure; L'éternité pour vous ouvre alors sa demeure : On verse quelques pleurs suivis d'un prompt oubli. Le corps , né de la fange , y rentre enseveli , Et l'esprit, remonté vers sa source divine, Va chercher son arrêt où fut son origine.

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