RESPECT DES ROMAINS POUR LES MORTS
Des sépulcres muets perçant la noire enceinte , Et d'un ami, d'un père, évoquant l'ombre sainte, Ce peuple, enveloppé de sombres vêtements, Trois fois se promenait au fond des monuments , Y brûlait de Saba les parfums salutaires, Et couronnait enfin ces lugubres mystères Par des libations d'un vin religieux Sur l'urne où reposaient les restes précieux.
Ce respect pour les morts, fruit d'une erreur gros- Touchait peu, je le sais, une froide poussière [sière. Qui tôt ou tard s'envole éparse au gré des vents, Et qui n'a plus enfin de nom chez les vivants; Mais ces tristes honneurs, ces funèbres hommages, Ramenaient les regards sur de chères images; Le c<fiir près des tombeaux tressaillait ranimé, Et l'on aimait encor ce qu'on avait aimé. Je l'éprouve moi-même : oui , cent fois , à la vue Du voile de la mort, d'une tombe imprévue, L'image de ma mère enlevée en sa fleur M'a frappé, m'a rempli d'une sainte douleur : J'ai cru voir sa vertu , sa jeunesse , ses charmes ; Et ce doux souvenir a fait couler mes larmes.
Astre des nuits , je veux à ton pâle flambeau , Oui, je veux m'avancer vers ce sacré tombeau ! Guide-moi... Vain espoir que mon cœur se propose! ] Hélas! trop loin de moi celte cendre repose! Ma mère! Oh! si mon œil revoit le bord chéri Où ton sein me conçut, où ton lait m'a nourri , Où tes soins aux vertus formèrent mon jeune âge , Je voue à ton sépulcre un saint pèlerinage; J'irai te faire ouïr le cri de mes douleurs, Et, courbé sur ta tombe, y répandre des pleurs '.
ROUCUER. Les Mois.