LE JOUR DES MORTS
Entendez-vous ces sons mornes et répétés , Retentissant autour de nos toits attristés? De cent cloches dans l'air le timbre monotone , Qui si lugubrement sur nos têtes résonne, Avertit les mortels , rappelés à leur fin , D'implorer pour les morts un tranquille destin, D'apprécier la vie ouverte à tant de peines, De ne point consumer en mutuelles haines
« Plusieurs icIOcf de ce morceau et des suivants sont 'milccs <lc l'olCsic ïnglaisc de Cray, intitulée le Cimetière le Campagne- (N. E )
Ce fragile tissu de moments limités, Qu'aux humains fugitifs la nature a comptés.
Quels enclos sont ouverts ! quelles étroites places Occupe entre ces murs la poussière des races! C'est dans ces lieux d'oubli, c'est parmi ces tombeaux Que le temps et la mort viennent croiser leurs faux. Que de morts entassés et pressés sous la terre! Le nombre ici n'est rien , la foule est solitaire. Qui peut voir sans effroi ces couches d'ossements, Tous ces débris de l'homme abandonnés aux vents? Ah! si du sort commun que ce lieu nous retrace Le spectacle fatal nous saisit et nous glace, Qu'un retour plus cruel sur les pertes du cœur Éveille en nous de peine et répand de douleur! L'époux pleure à genoux un objet plein de charmes; Sur un frère chéri la sœur verse des larmes; La mère pleure un fils frappé dans son printemps, Et sur qui reposait l'espoir de ses vieux ans. Pour vous qui les versez, ces pleurs sontehers encore, De vos gémissements l'humanité s'honore; Mais ceux que vous pleurez ont subi leur arrêt , Leur sort fut de mourir, et le jour n'est qu'un prêt.
Qu'est-ce que chaque race? une ombre après une ombi Nous vivons un moment sur des siècles sans nombre, Nos tristes souvenirs vont s'éteindre avec nous ; Une autre vie , ô temps , se dérobe à tes coups. Mortel , jusques aux cieux élève ta prière ; Demande au Tout-Puissant, non pas que la poussière, Qu'on jette sur ces morts, soit légère à leurs os; Ce n'est poinHà que l'homme a besoin de repos; Et l'âme, qui du corps a dépouillé l'argile, Cherche au sein de Dieu même un éternel asile. leuhère. Les Fastes, ch. xiv.