LE CIMETIÈRE DE CAMPAGNE
Où suis-je? à mes regards un humble cimetière Offre de l'homme éteint la demeure dernière. Un cimetière aux champs ! quel tableau ! quel trésor ! Là ne se montrent point l'airain, le marbre, l'or; Là ne s'élèvent point ces lombes fastueuses, Où dorment à grands frais les ombres orgueilleuses De ces usurpateurs par la mort dévorés , Et, jusque dans la mort, du peuple séparés. On y trouve, fermés par des remparts agrestes , Quelques pierres sans nom, quelques lombes modestes, Le reste dans la poudre au hasard confondu.
Salut, cendre du pauvre! Ah! ce respect t'est dû. Souvent ceux dont le marbre immense et solitaire D'un vain poids après eux fatigue encor la terre, Ne firent que changer de mort dans le tombeau ; Toi , chacun de tes jours fut un bienfait nouveau. Courbé sur les sillons, de leurs trésors serviles Ta sueur enrichit l'oisiveté des villes; Et, quand Mars des combats fit retentir le cri', Tu défendis l'Etat après l'avoir nourri. Enfin , chaque tombeau de cet enclos tranquille Renferme un citoyen qui fut toujours utile. Salut, cendre du pauvre! accepte tous mes pleurs.
Mais quelle autre pensée éveille mes douleurs? Tel est donc de la mort l'inévitable empire, Vertueux ou méchant, il faut que l'homme expire. La foule des humains est un faible troupeau Qu'effroyable pasteur, le Temps mène au tombeau. Notre sol n'est formé que de poussière humaine; Et, lorsque dans les champs l'automne nous promène, Nos pieds inaltentifs foulent à chaque pas Un informe débris, monument du trépas.
Voilà de quels pensers les cercueils m'environnent. Mais , loin que mes esprits à leur aspect s'étonnent , De l'immortalité je sens mieux le besoin, Quand j'ai poursiége une urne etlamortpour témoin'. legodvé. La Mélancolie.