HYMNE AU SOLEIL
Roidumondeetdujour, guerrier aux cheveux d'or, Quelle main , te couvrant d'une armure enflammée, Abandonna l'espace à ton rapide essor, Et traça dans l'azur ta route accoutumée? Nul astre à tes côtés ne lève un front rival; Les filles de la Nuit à ton éclat pâlissent; La lune devant toi fuit d'un pas inégal, Et ses rayons douteux dans les flots s'engloutissent. Sous les coups réunis de l'âge et des autans Tombe du haut sapin la tête échevelée; Le mont même, le mont, assailli par le temps, Du poids de ses débris écrase la vallée; Mais les siècles jaloux épargnent ta beauté : Un printemps éternel embellit ta jeunesse, Tu t'empares des cieux en monarque indompté, Et les vœux de l'amour t'accompagnent sans cesse. Quand la tempête éclate et rugit clans les airs, Quand les vents font rouler, au milieu des éclairs, Le char retentissant qui porte le tonnerre, Tu parais, tu souris, et consoles la terre. Hélas ! depuis longtemps les rayons glorieux Ne viennent plus frapper ma débile paupière! Je ne te verrai plus, soit que, dans ta carrière, Tu verses sur la plaine un océan de feux , Soit que, vers l'occident, le cortège des ombres Accompagne tes pas, ou que les vagues sombres T'enferment dans le sein d'une humide prison ! Mais, peut-être, ô Soleil! tu n'as qu'une saison; Peut-être, succombant sous le fardeau des âges. Un jour lu subiras notre commun destin; Tu seras insensible à la voix du malin, El tu l'endormiras au milieu des nuages.
BAOUR-LOriMiAN. Poûstes dOssian.
MORCEAUX LYRIQUES
MÊME SUJET
Dieu que révère Delphe, et qu'invoquent les mages, Le Nil, l'Indus, la Perse, adorent les images. Les astres pour leur roi proclament le Soleil. C'est toi que l'univers salue à son réveil; Quand ton char éclipsé nous laisse encor dans l'ombre, 11 revient éclairer des peuplades sans nombre. Le vaste azur des cieux brille de ta clarté. La terre à tes regards doit sa fécondité. Des chantres de la Grèce et de la Méonie Tes rayons créateurs allument le génie : Oui , c'est en l'invoquant , c'est devant tes autels Que la lyre prélude aux concerts immortels. Tout vit par toi; tes feux, bienfaiteurs dans l'Asie, Du fils de Sémélé colorent l'ambroisie, Du peuple ailé des airs nuancent les couleurs, L'or flottant des moissons, le calice des fleurs; Et des buissons touffus , d'une plaine enflammée Font exhaler l'encens et la myrrhe embaumée. Le saphir, l'émeraude et l'éclat des trésors Que l'heureuse Arabie entasse sur ses bords , Semblent de tes rayons l'éblouissante image. 0 dieu! reçois nos vœux, accepte notre hommage, Préserve nos foyers des ravages du fer; Que la sainte équité puisse encor triompher; Donne à l'humanité des vertus plus chéries, Et de l'aveugle Mars enchaîne les furies !
dorion. Palmyre conquise, ch. 1er,
MÊME SUJET
Dieu, queles airs sont doux! que la lumière est pure! Tu règnes en vainqueur sur toute la nature , 0 Soleil ! et des cieux , où ton char est porté , Tu lui verses la vie et la fécondité ! Le jour où , séparant la nuit de la lumière , L'Éternel te lança dans ta vaste carrière, L'univers tout entier le reconnut pour roi; Et l'homme, en t'adorani, s'inclina devant loi. Dès ce jour, poursuivant ta carrière enflammée , Tu décris sans repos ta route accoutumée ; L'éclat de tes rayons ne s'est point affaibli, Et sous la main des temps ton front n'a point pâli! Quand la voix du malin vient réveiller l'aurore, L'Indien prosterné le bénit et t'adore ! Et moi , quand le midi de ses feux bienfaisants Ranime par degrés mes membres languissants , Il me semble qu'un dieu, dans tes rayons de flamme, En échauffant mon sein , pénètre dans mon âme! Et je sens de ses fers mon esprit détaché, Comme si du Très -Haut le bras m'avait touché! Mais ton sublime Auteur défend-il de le croire? N'es-tu point, ô Soleil, un rayon de sa gloire? Quand tu vas mesurant l'immensité des cieux, O Soleil! n'es-tu point un regard de ses yeux?
de Lamartine. Méditations Poétiques.
PUNITION DE DADYLONE.
Comment est disparu ce maître impitoyable? Et comment du tribut dont nous étions chargés
Sommes-nous soulagés!
Le Seigneur a brisé ce sceptre redoutable Dont le poids accablait les humains languissants,
Ce sceptre qui frappait d'une plaie incurabla
Les peuples gémissants.
Nos cris sont apaisés, la terre est en silence, Le Seigneur a dompté la barbare insolence, Cruel et superbe tyran * ; Les cèdres mêmes du Liban Se réjouissent de ta perte.
a II est mort, disent-ils; et, depuis qu'il n'est plus Jamais de nos débris la montagne couverte Ne nous a vus tomber par le fer abattus. » Ton aspect imprévu fit trembler les lieux sombres. Tout l'enfer se troubla : les plus superbes ombres
Coururent pour te voir.
Les rois des nations, descendant de leur trône,
T'allèrent recevoir.
Toi-même, dirent-ils, ô roi de Babylone, Toi-même comme nous te voilà donc percé! Sur la poussière renversé Des vers tu deviens la pâture, Et ton lit est la fange impure.
Comment es-tu tombé des cieux , Astre brillant, fils de l'Aurore?
Puissant roi , prince audacieux , La terre aujourd'hui te dévore :
Comment es-tu tombé des cieux , Astre brillant, fils de l'Aurore?
Dans ton cœur tu disais : « A Dieu même pareil , J'établirai mon trône au-dessus du soleil, Et près de l'aquilon, sur la montagne sainte,
J'irai m'asseoir sans crainte.
A mes pieds trembleront les mortels éperdus. »•
Tu le disais , et tu n'es plus.
Les passants , qui verront ton cadavre paraître , Diront , en se baissant pour te mieux reconnaître : <t Est-ce là le mortel qui troubla l'univers, Par qui tant de captifs soupiraient dans les fers , Qui perdit tant d'Etats, détruisit tant de villes? Sous qui les champs les plus fertiles Devenaient d'arides déserts? »
Tous les rois de la terre ont de la sépulture Obtenu le dernier honneur; Privé toi seul de ce bonheur, En tous lieux rejeté , l'horreur de la nature , Homicide d'un peuple à tes soins confié, De ce peuple aujourd'hui tu te vois oublié! Qu'on prépare à la mort ces enfants misérables , La race des méchants ne subsistera pas. Courez tous à ses fils annoncer le trépas : Qu'ils périssent ! L'auteur de leurs jours déplorables
Les a couverts de son iniquité.
Frappez; faites sortir de leurs veines coupables Le reste impur du sang dont ils ont hérité.
RACINE le fils.