SULLY DANS LA RETRAITE
« L'histoire a peint des sages dans la retraite, des héros dans l'oppression ; mais elle n'offre rien de plus grand que la dignité de Sully dans le malheur. C'était la dignité de la vertu même, sur laquelle et les hommes , et les cours , et les rois , ne peuvent l'ien. La grandeur qui était dans son âme se répandait dans toute sa maison. Un nombre prodigieux de domestiques , une foule de gardes , d'écuyers , de gentilshommes ; un luxe , non de frivolité , mais de magnificence ; un appareil imposant , le respect de mille vassaux , la subordination d'une famille illustre ; des appartements immenses , et où les belles actions de Henri IV étaient représentées avec celles de son ministre; des parcs où régnaient là simplicité et la grandeur : au milieu de tous ces objets , Sully en cheveux blancs , conservant les modes antiques , portant sur sa poitrine l'image de Henri IV , la sainte gravité de ses discours , la majesté de ses regards , le siège plus élevé qui le distinguait au milieu de ses enfants, l'accueil honorable que recevaient dans sa maison tous les vieillards , le silence mêlé de crainte et de respect des jeunes gens que leurs pères conduisaient par la main pour voir ce grand homme , tout cela réuni semblait offrir quelque chose de plus qu'humain , et portait dans les cœurs je ne sais quelle émotion qui élevait l'âme en l'étonnant. 0 mœurs trop différentes des nôtres! C'est ainsi qu'il passa trente ans dans la retraite , sans se plaindre des hommes , ni de leur injustice , pleurant son ancien roi , fidèle au nouveau , estimé et haï de Richelieu , ayant survécu à tout , excepté à la vertu. Elle descendit avec lui dans sa tombe. La mort termina une carrière de quatre-vingt-deux ans , dont cinquante furent employés pour le bonheur de l'État, et le reste aurait pu l'être.
thomas. Éloge de Sully.