‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 472 sur 649 · LES GEANTS VAINCUS · texte numérisé non relu

LES GEANTS VAINCUS

Les efforts d'un géant qu'on croyait accablé Ont fait encor gémir le ciel , la terre et l'onde; Mon empire s'en est troublé -

* Allusion au mot prononce , dit-on , par Charles X, a son enlrCc dans Paris en 1814.

* C'est riutomiui parle.

Jusqu'au centre du monde; Mon trône en a tremblé.

L'affreux Typhée , avec sa vaine rage, Trébuche enfin dans des gouffres sans fonds. L'éclat du jour ne trouve aucun passage, Pour pénétrer les royaumes profonds Qui me sont échus en partage.

Le ciel ne craindra plus que ces fiers ennemi» Se relèvent jamais de leur chute mortelle; Et du monde ébranlé par la fureur rebelle Les fondements sont affermis.

guiNAULT. Optra de Proserpine.

#est toi, divin Bacchus, dont je chante la gloire; Nymphes, faites silence, écoutez mes concerts.

Qu'un autre apprenne à l'univers Du fier vainqueur d'Heclor la glorieuse histoire;

Qu'il ressuscite dans ses vers Des enfants de Pélops l'odieuse mémoire : Puissant dieu des raisins, digne objet de mes vœux,

C'est à toi seul que je me livre ; De pampres, de festons, couronnant mes cheveux.

En tous lieux je prétends te suivre;

C'est pour toi seul que je veux vivre

Parmi les festins et les jeux !

Des dons les plus rares Tu combles les cieux; C'est toi qui prépares Le nectar des dieux.

La céleste troupe, Dans ce jus vanté, Boita pleine coupe L'immortalité.

Tu prêtes tes armes Au dieu des combats; Vénus sans tes charmes Perdrait ses appas.

Du fier Polyphème Tu domptes les sens ; Et Phébus lui-même Te doit ses accents.

Mais quels transports involontaires Saisissent tout à coup mon esprit agité? Sur quel vallon sacré, dans quels bois solitaires

Suis-je en ce moment transporté? '

Hacchus à mes regards dévoile ses mystère». Un mouvement confus de joie et de terreur

M'échauffe d'une sainte audace ;

Et les Ménades en fureur N'ont rien vu de pareil dans les antres de TTirace.

Descendez , mère d'amour, Venez embellir la fête Du dieu qui fit la conquête Des climats où naît le jour.

Descendez, mère d'amour; Mars trop longtemps vous arrête.

Déjà le jeune Sylvain, Ivre d'amour et de vin, Poursuit Doris dans la plaine; El les nymphes des forêts

- MORCEAUX LYRIQUES

D'un jus pétillant et frais Arrosent le vieux Silène.

Descendez , mère d'amour, Venez embellir la fête Du dieu qui fit la conquête Des climats où naît le jour.

Descendez , mère d'amour ; Mars trop longtemps vous arrête.

Profanes , fuyez de ces lieux !

Je cède aux mouvements que ce grand jour m'inspire. Fidèles sectateurs du plus charmant des dieux, Ordonnez le festin , apportez-moi ma lyre , Célébrons entre nous un jour si glorieux. Mais, parmi les transports d'un aimable délire, Eloignons loin d'ici ces bruits séditieux

Qu'une aveugle vapeur attire.

Laissons aux Scythes inhumains Mêler dans leurs banquets le meurtre et le carnage;

Les dards du centaure sauvage Ne doivent pas souiller nos innocentes mains '.

Bannissons l'affreuse Bellone De l'innocence des repas :

Les satyres, Bacchus et Faune Détestent l'horreur des combats.

Malheur aux mortels sanguinaires Qui, par de tragiques forfaits, Ensanglantent les doux mystères D'un dieu qui préside à la paix!

Bannissons l'affreuse Bellone Do l'innocence des repas :

Les satyres , Bacchus et Faune Détestent l'horreur des combats.

Veut-on que je fasse la guerre?

Suivez-moi , mes amis; accourez, combattez. Emplissons cette coupe ; entourons-nous de lierre. Bacchantes, prêtez-moi vos thyrses redoutés. Que d'athlètes soumis! que de rivaux par terre! 0 fils de Jupiter, nous ressentons enfin

Ton assistance souveraine.

Je ne vois que buveurs étendus sur l'arène

Qui nagent dans des flots de vin.

Triomphe! victoire!

Honneur à Bacchus !

Publions sa gloire.

Triomphe! victoire!

Buvons aux vaincus.

Bruyante trompette, Secondez nos voix , Sonnez leur défaite ; Bruyante trompette , Chantez nos exploits.

Triomphe! victoire!

Honneur à Bacchus !

Publions sa gloire.

Triomphe! victoire !

Buvons aux vaincus 2.

J.-B. ROUSSEAU

A PHILOMELE.

* Natis in usum IsetiLiae scyphis.

rugnare Thracum est, etc.

HOR. Od., 1

* voyei Tableaux.

Od. 27. (N. E.)

Pourquoi , plaintive Philomèle, Songer encore à vos malheurs, Quand, pour apaiser vos douleurs.

Tout cherche à vous marquer son zèle?

L'univers, à votre retour, Semble renaître pour vous plaire.

Les dryades à votre amour Prêtent leur ombre solitaire.

Loin de vous l'aquilon fougueux Souffle sa piquante froidure :

La terre reprend sa verdure ; Le ciel brille des plus beaux feux.

Pour vous l'amante de Céphale s Enrichit Flore de ses pleurs : .

Le Zéphyr cueille sur les fleurs Les parfums que la terre exhale.

Pour entendre vos doux accents Les oiseaux cessent leur ramage, Et le chasseur le plus sauvage Respecte vos jours innocents.

Cependant votre âme attendrie Par un douloureux souvenir, Des malheurs d'une sœur chérie * Semble toujours s'entretenir.

Hélas ! que mes tristes pensées M'offrent des maux bien plus cuisants ! Vous pleurez des peines passées, Je pleure des ennuis présents !

Et , quand la nature attentive Cherche à calmer vos déplaisirs, Il faut même que je me prive De la douceur de mes soupirs.

Désert , aimable solitude, Séjour du calme et de la paix , Asile où n'entrèrent jamais Le tumulte et l'inquiétude.

Quoi ! j'aurai tant de fois chanté Aux tendres accords de ma lyre Tout ce qu'on souffre sous l'empire De l'amour et de la beauté ;

Et, plein de la reconnaissance De tous les biens que tu m'as faits, Je laisserais dans le silence Tes agréments et tes bienfaits !

C'est toi qui me rends à moi- même Tu calmes mon cœur agité, Et de ma seule oisiveté Tu me fais un bonheur extrême.

Parmi ces bois et ces hameaux, C'est là que je commence à vivre,

s L'Aurore. (N. E.)

4 ProcnO, nile de Pandion et sœur de Pbilomèlc, poursuivie par TêrCe son époux, qui voulait se venger de sa jalousie, fut changée en birondcllc. (N. E )

MORCEAUX LYRIQUES

Et j'empêcherai de m'y suivre Le souvenir de tous mes maux.

Emplois, grandeurs tant désirées, J'ai connu vos illusions; Je vis loin des préventions Que forgent vos chaînes dorées.

La cour ne peut plus m'éblouir; • Libre de son joug le plus rude, J'ignore ici la servitude De louer qui je dois haïr.

Fils des dieux , qui de flatteries Repaissez votre vanité, Apprenez que la vérité Ne s'entend que dans nos prairies.

Grotte , d'où sort ce clair ruisseau , De mousse et de fleurs tapissée, N'entretiens jamais ma pensée Que du murmure de ton eau.

Ah! quelle riante peinture!

Chaque jour se pare à mes yeux Des trésors dont la main des dieux Se plaît d'enrichir la nature !

Quel plaisir de voir les troupeaux, Quand le midi brûle l'herbelle, Rangés autour de la houlette, Chercher l'ombre sous ces ormeaux!

Puis , sur le soir, à nos musettes Ouïr répondre les coteaux , Et retentir tous nos hameaux De hautbois et de chansonnettes !

Mais hélas ! ces paisibles jours Coulent avec.trop de vitesse ; Mon indolence et ma paresse N'en peuvent arrêter le cours.

Déjà la vieillesse s'avance, Et je verrai dans peu la mort Exécuter l'arrêt du sort Qui m'y livre sans espérance.

Fontenay, lieu délicieux, Où je vis d'abord la lumière, Rientôt au bout de ma carrière, Chez toi je joindrai mes aïeux.

Muses, qui dans ce lieu champêtre Avec soin me files nourrir; Reaux arbres, qui m'avez vu naître, Rientôt vous me verrez mourir.

Cependant du frais de votre ombre Il faut sagement profiler, Sans regret prêt à vous quitter l'our le manoir terrible et sombre;

Où des arbres dont tout exprès, Pour un plus doux et long usage, Mes mainjs ornèrent ce bocage, Nul ne me suivra qu'un cyprès'.

CIIAULIEU.

I Heque barum, quas colis, arbomm Te, praeler invisas cunrcssos, tlla lirevcm dominum scquctur.

IlOR .0(1., I, If, oJ -1*. (N. E.1

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