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AVEUGLEMENT DES HOMMES

Qu'aux accents de ma voix la terre se réveille: Rois, soyez attentifs ; peuples, prêtez l'oreille : Que l'univers se taise, et m'écoute parler ! Mes chants vont seconder les accords de ma lyre : L'Esprit saint me pénètre ; il m'échauffe, il m'inspire Les grandes vérités que je vais révéler.

L'homme en sa propre force a mis sa confiance. Ivre de ses grandeurs et de son opulence, L'éclat de sa fortune enfle sa vanité. Mais, ô moment terrible, ô jour épouvantable, Où la mort saisira ce fortuné coupable, Tout chargé des liens de son iniquité l

Que deviendront alors, répondez, grandsdumondc, Que deviendront ces biens où voire espoir se fonde, Et dont vous étalez l'orgueilleuse moisson? Sujets, amis, parents, tout deviendra stérile ; Et , dans ce jour fatal , l'homme à l'homme inutile Ne paîra point à Dieu le prix de sa rançon.

Vous avez vu tomber les plus illustres têtes, Et vous pourriez encore, insensés que vous êtes, Ignorer le tribut que l'on doit à la mort? Non, non : tout doit franchir ce terrible passage; Le riche et l'indigent, l'imprudent et le sage, Sujets à même loi, subissent même sort.

D'avides étrangers, transportés d'allégresse, Engloutissent déjà toute cetle richesse, Ces terres, ces palais, de vos noms ennoblis. Et que vous reste-t-il en ces moments suprêmes? Un sépulcre funèbre, où vos noms, où vousTinèmes Dans l'éternelle nuit serez ensevelis.

Les hommes éblouis de leurs honneurs frivoles, Et de leurs vains flatteurs écoutant les paroles, Ont de ces vérités perdu le souvenir : Pareils aux animaux farouches et stupides, Les lois de leur instinct sont leurs uniques guides, Et pour eux le présent paraît sans avenir.

Un précipice affreux devant eux se présente ; Mais toujours leur raison, soumise et complaisante. Au-devant de leurs yeux met un voile imposteur. Sous leurs pas cependant s'ouvrent les noirs abîmes Où la cruelle mort, les prenant pour victimes, Frappe ces vils troupeaux dont elle est le pasteur.

Là, s'anéantiront ces titres magnifiques, Ce pouvoir usurpé, ces ressorts politiques , Dont le juste autrefois sentit le poids fatal : Ce qui fit leur bonheur deviendra leur torture; Et Dieu, de sa justice apaisant le murmure, Livrera ces méchants au pouvoir infernal.

Jusles,ne craignez point le vain pouvoir des hommes ; Quelque élevés qu'ils soient, ils sont ce quenous sommes: Si vous êtes mortels, ils le sont comme vous. Nous avons beau vanter nos grandeurs passagères, Il faut mêler sa cendre aux cendres de ses pères ; Et c'est le même Dieu qui nous jugera tous.

J.-B. ROUSSEAU-

LA MOKT DE J.-B. nOUSSEAO.

Quand le premier chantre du monde Expira sur les bords glacés Où l'Èbre, effrayé, dans son onde

MORCEAUX LYRIQUES

Reçut ses membres dispersés , Le Thrace, errant sur les montagnes, Remplit les bois et les campagnes Du cri perçant de ses douleurs; Les champs de l'air en retentirent , Et dans les antres qui gémirent Le lion répandit des pleurs.

La France a perdu son Orphée- Muses, dans ce moment de deuil, Élevez le pompeux trophée Que vous demande son cercueil.

Laissez, par de nouveaux prodiges, D'éclatants et dignes vestiges D'un jour marqué par vos regrets.

Ainsi le tombeau de Virgile Est couvert du laurier fertile Qui par vos soins ne meurt jamais.

D'une brillante e^triste vie Rousseau quille aujourd'hui les fers; El, loin du ciel de sa pairie , La mort termine ses revers.

D'où ses maux prirent-ils leur source?

Quelles épines dans sa course Etouffaient les fleurs sous ses pas!

Quels ennuis, quelle vie errante!

Et quelle foule renaissante D'adversaires et de combats!

Jusques à quand, mortels farouches }' Vivrons-nous de haine et d'aigreur?

i'rèlerons-nous toujours nos bouches Au langage de la fureur?

Implacable dans ma colère, Je m'applaudis de la misère De mon ennemi terrassé; 11 se relève, je succombe, Et moi -même à ses pieds je tombe, Frappé du irait que j'ai lancé.

Du sein des ombres éternelles S'élevant au irône des dieux, L'Envie olfusque de ses ailes Tout éclat qui frappe ses yeux.

Quel ministre, quel capitaine, Quel monarque vaincra sa haine, Et les injustices du sort?

Le temps à peine les consomme ; Et, quoi que fasse le grand homme, Il n'est grand homme qu'à sa mort.

Le Nil a vu , sur ses rivages , Les noirs habitants des déserts Insulter, par leurs cris sauvages , L'astre éclatant de l'univers.

Cris impuissants, fureurs bizarres!

Tandis que ces monstres barbares Poussaient d'insolentes clameurs , Le dieu, poursuivant sa carrière, Versait des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.

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