LEFRANC DE P0M1MG8A
MODELE D'EXERCICE
Il faut excepter de ces productions avortées une pièce (iui mérite une mention particulière, ci qui,
en se réunissant aux meilleures des Poésies sacrées de l'auteur, lui compose un assez grand nombre de beaux morceaux pour lui assurer la place du second de nos lyriques. Il reste encore loin du premier , je l'avoue , et il s'en faut qu'il égale généralement la richesse , l'harmonie , l'élégance soutenue de Rousseau ; mais n'est-ce rien d'être le premier après lui , dans un genre difficile , où nous avons vu tant d'essais infructueux et tant d'aspirants oubliés ? Cette ode , où il semble que le sujet ait porté l'auteur, a pour titre : La Mort de Rousseau. Il y a, quelques strophes un peu faibles , mais les bonnes sont plus nombreuses , et deux sont de la plus grande beauté ; et , ce qui n'est pas malheureux dans une ode , la première est une de ces deux-là :
Quand le premier chantre du monde , ete.
Ce début est beau comme l'antique , beau comme Horace et Pindare. Rien n'est plus heureux que de commencer ici par la mort d'Orphée, et ce tableau était le seul où le lion répandant des pleurs , qui est d'un si grand effet , pût se trouver naturellement placé ; et quelle marche , et quel nombre dans toute la strophe ! L'autre est encore au-dessus; elle est même depuis longtemps fameuse parmi les amateurs : c'est le plus magnifique emblème du génie éclairant les hommes, tandis qu'il en est persécuté :
Le Nil a vu, sur ses rivages, etc.
Je ne connais point de plus grande idée rendue par une plus grande image ; ni de vers d'une harmonie plus imposante : il n'y a pas dans Rousseau même une strophe que je préférasse à celle-là. En voici d'autres qui ne la déparent point.
La France a perdu son Orphée, etc..
Tous ces mouvements sont lyriques , tous ces vers sont nombreux, et cette fin est digne du commencement. En un mot , cette ode , et celle de Racine le fils , sur Y Harmonie, sont sans contredit ( et je comprends , pour cette fois , les vivants avec les morts sans exception ) les deux plus belles qu'on ait faites depuis Rousseau.
la harpe. Cours de Littérature, t. xm.
DERNIERS MOMENTS D'UN JEUNE foËTE.
J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence; 11 a vu mes pleurs pénilents; U guérit mes remords, il m'arme de constance : Les malheureux sont ses enfants.
Mes ennemis riant ont dit dans leur colère:
MORCEAUX LYRIQUES
Qu'il meure, et sa gloire avec lui !
Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père : Leur haine sera ton appui.
A tes plus chers amis ils ont prêté leur rage;
Tout trompe la simplicité :
Celui que tu nourris court vendre ton image,
Noire de sa méchanceté.
Mais Dieu t'entend gémir, Dieu vers qui te ramène
Un vrai remords né des douleurs; Dieu qui pardonne enfin à la nature humaine
D'être faible dans les malheurs.
J'éveillerai pour toi la pitié, la justice
De l'incorruptible avenir; Eux-même épureront, par leur long artifice,
Ton honneur qu'ils pensent ternir.
Soyez béni, mon Dieu ! vous qui daignez me rendre
L'innocence et son noble orgueil ; Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre,
Veillerez près de mon cercueil!
Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour, et je meurs :
Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs.
Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure,
Et vous, riant exil des bois !
Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature,
Salut pour la dernière fois!
Ah! puissent voir longtemps votre beauté sacrée
Tant d'amis sourds à mes adieux!
Qu'ils meurent pleins de jours,que leur mort soit pleu-
Qu'un ami leur ferme les yeux! [rée !