‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 483 sur 649 · MANLIUS REPOND AUX REPROCHES DU CONSUL VALERIUS · texte numérisé non relu

MANLIUS REPOND AUX REPROCHES DU CONSUL VALERIUS

Et quel moyen , seigneur, de guérir vos soupçons? Où sont de vos frayeurs les secrètes raisons? Dois-je pour ennemis prendre tous ceux qu'offense D'un sénat inhumain l'injuste violence?

El suis-je criminel quand , par un doux accueil , J'apaise leur courroux qu'irrite son orgueil? C'est moi , c'est mon appui qui les conserve à Rome. Vous demandez d'où vient qu'un Romain, un seul iles misères d'aulrui soigneux de se charger, f homme, ill're à tous une main prompte à les soulager. D'une pitié si juste est-ce à vous de vous plaindre? Si c'est une vertu qu'en moi l'on doive craindre, Si du peuple par elle on se fait un appui ,' Vourquoi suis-je le seul qui l'exerce aujourd'hui? Jue ne m'enviez- vous un si noble avantage? Pourquoi chacun de vous, pour être exempt d'ombrage, Ne s'efforce- t-il pas, par les mêmes bienfaits , De gagner, d'attirer les amis qu'ils m'ont faits? Ne peut-on du sénat apaiser les alarmes, Qu'en affligeant le peuple, en méprisant ses larmes? L'avarice, l'orgueil, les plus durs traitements, Du salut de l'Etat sont-ils les fondements?

Mes bienfaitsvous font peur; et,d'un esprit tranquille, Vous regardez l'excès du pouvoir de Camille. A l'armée, à la ville, au sénat, en tous lieux, De charges et d'honneurs on l'accable à mes yeux. De la pa'ix , de la guerre il est le seul arbitre : Ses collègues soumis, èl contents d'un vain titre, Entre ses seules mains laissant tout le pouvoir, Semblent à l'y fixer exciter son espoir. I')'où vient tant de respect, d'amour pour sa conduite? Des Gaulois à son bras vous imputez la fuite; Vos éloges flatteurs ne parlent que de lui. Mais que deveniez-vous, avec ce grand appui , -Si, dans le temps que Home aux barbares livrée, Ruisselante de sang, par le feu dévorée, Attendait ses secours loin d'elle préparés, Ru Capitole encore ils s'étaient emparés? . C'est moi qui, prévenant votre attente frivole, Renversai les Gaulois du haut du Capitule. lis Camille si lier ir„ v jinquil qu r.pris moi Des ennemis déjà battus, saisis d'eu" roi. C'est moi qui, parce coup, préparai sa .victoire;" El de nombreux secours eurent pari à sa gloire.; ./a mienne est à moi seul, qui seul ai combattu. Fit, quand Rome empressée honore sa vertu

Ce sénat, ces consuls sauvés par mon courage Ou d'une mort cruelle ou d'un vil esclavage, M'immolent sans rougir à leurs premiers soupçons, Me font de mes bienfaits çéinir dans les prisons, De mille affronts enfin flétrissent, pour salaire, La splendeur de ma race et du nom consulaire. lafosse. ManUus, act.Mer, se. ni.

IUPPOLYTE DEMANDE A SON PÈRE THÉSÉE LA PKRMISS* DE S'ÉLOIGNER, POUR L'iUIXEB OU PÉRIR.

Assez dans les forêts mon oisive jeunesse Sur de vils ennemis a montré son adresse : Ne pourrai-jc, en fuyant un indigne repos, D'un sang plus glorieux teindre mes javelots? Vous n'aviez pas encore atteint l'âge où je touche. Déjà plus d'un tyran , plus d'un monstre faroucht Avait de votre bras senti la pesanteur. Déjà, de l'insolence heureux persécuteur, Vous aviez des deux mers assuré les rivages : Le libre voyageur ne craignait plus d'outrages. Hercule, respirant sur le bruit de vos coups, Déjà de son travail se reposait sur vous. Et moi, fils inconnu d'un si glorieux père. Je suis même encor loin des traces de ma mère. Souffrez que mon courage ose enfin s'occuper ; Souffrez, si quelque monstre a pu vous échapper, Que j'apporte à vos pieds sa dépouille honorable, Ou que d'un beau trépas la mémoire durable, Eternisant des jours si noblement finis, Prouve à tout l'univers que j'étais votre fils.

racine- Phèdre, act. m, se V.

ACHILLE BRAVE L'ORACLE QUI MENACE SA TLTE ET PRÉFÈRE LA GLOIRE A LA VIE.

Moi, je m'arrêterais à de vaines menaces, Et je fuirais l'honneur qui m'attend sur vos trace.-'' Les Parques, à ma mère, il est vrai, l'ont prédit, Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans son lit : Je puis choisir, dit-on, ou beaucoup d'ans sans gloire. Ou peu de jours suivis d'une longue mémoire.

Mais puisqu'il faut enfin que j'arrive au tombeau . Voudrais- je, de la terre inutile fardeau, Trop avare d'un sang reçu d'une déesse', Attendre chez mon p'ère une obscure vieillesse; Et, toujours de la gloire évitant le sentier, Ne laisser aucun nom et mourir tout entier? Ah! ne nous formons point ces indignes obstacles; L'honneur parle, il suffit; ce sont là nos oracles. Les dieux sont de nos jours les maîtres souverains ; iMais,seigneur,nolre gloire est dans nos propres niai ns. Pourquoi nous tourmenter de leurs ordres suprêmes? Ne songeonsqu'à nous rendre immortels comme eux-a Et, laissant faire au sort, courons où la valeur Nous promet un destin aussi grand que le leur; C'est à Troie, et j'y cours; et, quoi qu'on me prédise, Je ne demande aux dieux qu'un vent qui m'y conduise; Et, quand moi seul enfin il faudrait l'assiéger, l'alroclc et moi , seigneur, nous irons vous venger. lu même. Iphtginte, act. i«r, se. il.

DISCOURS

U1VSSE EMPLOIE TOUT SON ART POUR DÉTERMINER AGAMEMNON A SACRIFIER LE SANG DE SA FILLE A LA GLOIRE DE LA GRÈCE.

... De ce soupir que faut-il que j'augure? Du sang qui se révolte est-ce quelque murmure? Croirai-je qu'une nuit a pu vous ébranler? Est-ce donc votre cœur qui vient de nous parler? Songez-y, vous devez votre fille à la Grèce : Vous nous l'avez promise; et, sur cette promesse , Calchas, par tous les Grecs consulté chaque jour, Leur a prédit des vents l'infaillible retour. A ses prédictions si l'effet est contraire , Pensez-vous que Calchas continue à se taire; Que ses plaintes, qu'en vain vous voudrez apaiser, Laissent mentir les dieux sans vous en accuser? El qui sait ce qu'aux Grecs, frustrés de leur victime, Peut permettre un courroux qu'ils croiront légitime? Gardez-vous de réduire un peuple furieux , Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux. N'est-ce pas vous enfin de qui la main pressante Nous a tous appelés aux campagnes du Xanthe , Et qui de ville en ville attestiez les serments Que d'Hélène autrefois firent tous les amants, Quand presque tous les Grecs, rivaux de votre frère, La demandaient en foule à Tyndare son père? De quelque heureux époux que l'on dût faire choix, Nous jurâmes dès lors de défendre ses droits; Et, si quelque insolent lui volait sa conquête, Nos mains du ravisseur lui promirent la tète. Mais sans vous , ce serment que l'amour a dicté , Libres de cet amour, l'aurions-nous respecté? Vous seul , nous arrachant à de nouvelles flammes , Nous avez fait laisser nos enfants et nos femmes ; Et, quand de toutes parts assemblés en ces lieux , L'honneur de vous venger brille seul à nos yeux ; Quand la Grèce déjà vous donnant son suffrage Vous reconnaît l'auteur de ce fameux ouvrage : Que ces rois, qui pouvaient vous disputer ce rang, Sont prêts, pour vous servir, de verser tout leur sang, Le seul Agamemnon , refusant la victoire, N'ose d'un peu de sang acheter tant de gloire, Et, dès le premier pas se laissant effrayer, Né commande les Grecs que pour les renvoyer!

Je suis père, seigneur, et faible comme un autre, Mon cœur se met sans peine en la place du vôtre ; Et, frémissant du coup qui vous fait soupirer, Loin de blâmer vos pleurs, je suis près de pleurer. Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime. Les dieux ont à Calchas amené leur victime : 11 le sait, il l'attend; et, s'il la voit tarder, Lui-même à haute voix viendra la demander. Nous sommes seuls encor. Hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre. Pleurez ce sang, pleurez; ou plutôt, sans pâlir, Considérez l'honneur qui doit en rejaillir. Voyez tout l'Hellespont blanchissant sous nos rames , Et la perfide Troie abandonnée aux flammes, Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux, Hélène par vos mains rendue à son époux; Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées , Dans cette même Aulide avec vous retournées; Et ce triomphe heureux, qui s'en va devenir L'éternel entretien des siècles à venir.

le même. Iphigénie, act. 1er, se. m et IV-

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