‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 491 sur 649 · FUREURS D'ORESTE · texte numérisé non relu

FUREURS D'ORESTE

Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espérance ! I Oui , je le loue, ô ciel , de la persévérance! i

Appliqué sans relâche au soin de me punir, Au comble des douleurs lu m'as l'ait parvenir;

Ta haine a pris plaisir à former ma misère; J'étais né pour servir d'exemple à ta colère, Pour être du malheur un modèle accompli : Eh bien , je meurs conlent , et mon sort est rempli.

Où sont ces deux amants? Pour couronner ma joie, Dans leur sang, dans le mien, il faut que je me noie; L'un et l'autre, en mourant, je les veux regarder. Réunissons trois cœurs qui n'ont pu s'accorder.. Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environne! De quel côté sortir? D'où vient que je frissonne? Quelle horreur me saisit! Grâce au ciel, j'entrevoi... Dieux, quelsruisseauxdesangcoulentautourde moi'

(Prenant Pylade pour Pyrrhus.) . . . . Quoi! Pyrrhus, je le rencontre encore! Trouverai-je partout un rival que j'abhorre! Percé de tant de coups , comment t'es-lu sauvé? Tiens, tiens, voilà le coup que je l'ai réservé.

Mais que vois -je! à mes yeux Hermione l'embrasse; Elle vient l'arracher au coup qui le menace! Dieux! quels affreux regards elle jette sur moi ! Quels démons, quels serpents traîne-t-£lle après soi? Eh bien , filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes? Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos tètes? A qui destinez-vous l'appareil qui vous suit? Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit? Venez , à vos fureurs Oreste s'abandonne ! Mais non : retirez-vous, laissez faire Hermione; L'ingrate mieux que vous saura me déchirer; Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer.

racine. Andromaque, se. dern,

MÊME SUJET

Effroyable ascendant d'un pouvoir ennemi ! J'ai donc assassiné ma mère et mon ami ! Ciel exterminateur, anéantis mon être, Anéantis le jour, le lieu qui m'a vu naître... Mais quel vide effrayant se forme sous mes pas !.,. Grâces au ciel, je vois les gouffres du trépas!... Dans leur profonde nuit courons cacher mon crime... Mais quel spectre se meut au fond de cet abîme!... C'est ma mère, grands dieux!. .Fuyons. ..Mais la voici... Égisthe l'accompagne... El toi, Pylade, aussi? Comme eux tu me poursuis ! toi , mon dieu tutélaire, Tu sers de mes bourreaux l'implacable colère! L'ami qui me restait devient mon assassin! Il s'arme de serpents , il les jette en mon sein ! Ciel ! où fuirai-je? Arrête , ombre chère et terrible... Vois mes remords, mes pleurs, mon désespoirhorrible. Ah ! je succombe...

(Il tombe dans les bras de Pylade.)

la touche. IphUjCnie en Tauride, se. dern-

MEME SUJET

O terre ! entr'ouvre-loi ;

Clytemneslre, Tantale, Allée, attendez-moi. Je vous suis aux enfers, éternelles victimes; Je dispute avec vous de tourments et de crimes.

Mais non, ce n'est pas moi ; non , ce n'est pas Oreste; Unpouvoîreffr yable a seul conduit mes coups. Kxecrable instrument d'un éternel courroux , Banni de mon pays par le meurtre d'un père, Banni du monde entier par celui de ma mère; Patrie, Fiats, parents, «pie je remplis d'effroi, Innocence, amitié, tout est perdu pour moi-'

ET MORCEAUX ORATOIRES

Soleil, qu'épouvanta celte affreuse contrée, Soleil, qui reculas pour le festin d'Alrée, . Tu luis encor pour moi, tu luis pour ces climats! Dans l'éternelle nuit tu ne nous plonges pas! Dieux, tyrans éternels, puissance impitoyable! Dieux qui me punissez, qui m'avez fait coupable, Eli bien, quel est l'exil que vous me destinez? Quel est le nouveau crime où vous me condamnez? Parlez... Vous prononcez le nom de la Tauride! J'y cours; j'y vais trouver la prêtresse homicide, Oui n'offre que du sang à des dieux en courroux, A des dieux moins cruels, moins barbares que vous. voltaire. Oreste, se. dern.

MEME SUJET

Je ne veux rien , cruel , d'Electre ni de toi * : Votre cœur, affamé de sang et de victimes, M'a fait souiller ma main du plus affreux des crimes. Mais quoi! quelle vapeur vient obscurcir les airs? Grâce au ciel, on m'entr'ouvre un chemin aux enfers. Descendons ; les enfers n'ont rien qui m'épouvante. Suivons le noir sentier que le sort me présente; Cachons-nous dans l'horreur de l'éternelle nuit. Quelle triste clarté dans ce moment me luit? Qui ramène le jour dans ces retraites sombres? Que vois-je?mon aspect épouvante les ombres! Que de gémissements! que décris douloureux! « Oreste! » Qui m'appelle en ce séjour alfreux? Ëgislhe! Ah! c'en est trop ; il faut qu'à ma colère...

Que vois-je? dans ses mains la tête de ma mère! Quels regards! où fuirai-je? Ah! monstre furieux, Quel spectacle oses-tu présenter à mes yeux? Je ne souffre que trop , monstre cruel ! arrête : A mes yeux eifrayés dérobe cette tête.

Ah! ma mère, épargnez votre malheureux fils! Ombre d'Agamemnon , sois sensible à mes cris; J'implore ton secours, chère ombre de mon père! Viens défendre ton fils des fureurs de sa mère; Prends pitié de l'étal où lu me vois réduit! Quoi ! jusque dans tes bras le barbare me suit! C'en est fait, je succombe à cet affreux supplice. Du crime de ma main mon cœur n'est point complice; J'éprouve cependant des tourments infinis. Dieux! les plus criminels seraient-ils plus punis? CRÉBiLLON. Electre, se. déni.

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