J.A MOLLESSE CONJURE LA NUIT DE LUI CONSERVER SON DERNIER ASILE
A ce triste discours qu'un long soupir achève, La Mollesse en pleurant sur un bras se relève, Ouvre un œil languissant, et d'une faible voix Laisse tomber ces mots, qu'elle interrompt vingt fois: « 0 Nuit! que m'as-tu dit? Quel démon sur la lerre Souille dans tous les cœurs la fatigue el la guerre? Hélas! qu'est devenu ce temps, cet heureux temps, Où les rois s'honoraient du nom de fainéants, S'endormaient sur le trône, et, me servant sans home, Laissaient leur sceptre aux mains ou d'un maire ou [d'un comte?
< C'est A l'yl.ulc ipi'il s'adresse.
2 Abbajcde Saint-Bernard dans laquelle l'abbé An Coulbilicr de liante mit la iclonnc. L'abbaye de la Ti
Aucun soin n'approchait de leur paisible cour; On reposait la nuit , on dormait tout le jour. Seulementau printemps, quand Floredans les plaines Faisait taire des vents les bruyantes haleines, Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent, Promenaient dans Paris le monarque indolent.
Ce doux siècle n'est plus! le ciel impitoyable A placé sur le trône un prince infatigable; Il brave mes douceurs, il est sourd à ma voix; Tous les jours il m'éveille au bruit de ses exploits. Rien ne peut arrêter sa vigilante audace; L'été n'a point de feux, l'hiver n'a point de glace. J'entends à son seul nom tous mes sujets frémir. En vain deux fois la Paix a voulu l'endormir; Loin de moi son courage entraîné par la gloire Ne se plaît qu'à courir de victoire en victoire. Je me fatiguerais à te tracer le cours Des outrages cruels qu'il me fait tous les jours.
Je croyais, loin des lieux où ce prince m'exile, Que l'Eglise du moins m'assurait un asile : Mais en vain j'espérais y régner sans effroi; Moines, abbés, prieurs, tout s'arme contre moi. Par mon exil honteux la Trappe est ennoblie '. J'ai vu dans Saint-Denis la réforme établie, Le carme, le feuillant s'endurcit aux travaux; Et la règle déjà se remet dans Clairvaux. Cîteaux dormait encore, el la Sainte-Chapelle Conservait du vieux temps l'oisiveté fidèle; Et voici qu'un lutrin, prêt à tout renverser, D'un séjour si chéri vient encor me chasser. 0 toi ! de mon repos compagne aimable et sombre, A de si noirs forfaits prêteras-tu ton ombre? Ah ! Nuit , si tant de lois dans les bras de l'Amour Je l'admis aux plaisirs que je cachais au jour, Du moins ne permets pas... »La Mollesse oppressée, Dans sa bouche, à ce mot, sent sa langue glacée : El, lasse de parler, succombant sous ['effort, Soupire, étend les bras , ferme l'œil et s'endort. boileau. Le Lutrin, eh. n.
LA DISCORDE, SOUS LES TRAITS DU VIEUX S1DRAC , RANI.UE SES COMPAGNONS EFFRAYÉS.
Lâches, où fuyez-vous? Quelle peur vous abat? Aux cris d'un vil oiseau vous cédez sans combat! Où sont ces beaux discours jadis si pleins d'audace? Craignez-vous d'un hibou l'impuissante menace? Que feriez -vous, hélas! si quelque exploit nouveau, Chaque jour, comme moi , vous traînait au barreau? S'il fallait, sans amis, briguant une audience, D'un magistrat glacé soutenir la présence, Ou, dîun nouveau procès hardi solliciteur, Aborder sans argent un clerc de rapporteur?
Croyez-moi, mes enfants, je vous parle à bon titre; J'ai, moi seul, autrefois, plaidé tout un chapitre; fit le barreau n'a point de monstres si hagards Dont mon œil n'ait cent fois soutenu les regards. Tous les jourssans trembler j'assiégeais leurspassages. L'Eglise élait alors fertile en grands courages : Le moindre d'entre nous, sans argent, sans appui, Eût plaidé le prélat/, et le chantre avec lui. Le monde, de qui l'âge avance les ruines, Ne peut plus enfanter de ces âmes divines;
«Hait dans le Pcrebc. Le cardinal dclanocbcfoiieaull établit la réforme dans l'abbaye de fainl-Denis. il avait aussi Ira» vaille à telle de l'abbaye de Clairvaux. ^H. t.)
DISCOURS
Mais que vos cœurs du moins, imitant leurs vertus, De l'aspect d'un hibou ne soient pas abattus. Songez quel déshonneur va souiller votre gloire, Quand le chantre demain entendra sa victoire! Vous verrez tous les jours le chanoine insolent, Au seul nom de hibou , vous sourire en parlant. Votre âme , à ce penser , de colère murmure ; Allez donc de ce pas en prévenir l'injure. Méritez les lauriers qui vous sont réservés, ' Et ressouvenez-vous quel prélat vous servez. Mais déjà la fureur dans vos yeux étincelle : Marchez, courez, volez où l'honneur vous appelle. Que le prélat, surpris d'un changement si prompt, Apprenne la vengeance aussitôt que l'affront.
LE MÊME. Ibid,, Cil. m.