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ORGUEIL ET VENGEANCE D'AMAN

L'insolent ' devant moi ne se courba jamais. En vain de la faveur du plus grand des monarques - Tout révère à genoux les glorieuses marques; Lorsque d'un saint respect tous les Persans touches N'osent lever leurs fronts à la terre attachés, Lui, fièrement assis, et la tête immobile, Traite tous ces honneurs d'impiété servile, Présente à mes regards un front séditieux , Et ne daignerait pas au moins baisser les yeux.

Du palais cependant il assiège la porte. A quelque heure que j'cntre,Hydaspe3,ou que je sorte, Son visage odieux m'afflige et me poursuit, Et mon esprit troublé le voit encor la nuit. Ce matin, j'ai voulu devancer la lumière : Je l'ai trouvé couvert d'une affreuse poussière, Revêtu de lambeaux, tout pale ; mais son œil Conservait sous la cendre encor le même orgueil. D'où lui vient, cher ami, celte impudente audace? Toi, qui dans ce palais vois tout ce qui se passe, Crois-tu que quelque voix ose parler pour lui? Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui? Mes richesses des rois égalent l'opulence ; Environné d'enfants, soutiens de ma puissance, 11 ne manque à mon iront que le bandeau royal. Cependant (des mortels aveuglement fatal! )

De cet amas d'honneurs la douceur passagère

Fait sur mon cœur à peine une atteinte légère.

Mais Mardochée, assis aux portes du palais,

Dans ce cœur malheureux enfonce mille traits;

Et toute ma grandeur me devient insipide,

Tandis que le soleil éclaire ce perfide. Je serai de sa vue affranchi dans dix jours :

La nation entière est promise aux vautours. .

Ah ! que ce temps est long à mon impatience!

C'est lui, je te veux bien confier ma vengeance,

C'est lui qui, devant moi refusant de ployer,

Les a livrés au bras qui les va foudroyer.

C'était trop peu pour moi d'une telle victime :

La vengeance trop faible attire un second crime.

Un homme tel qu'Aman, lorsqu'on l'ose irriter,

Dans sa juste fureur ne peut trop éclater.

11 faut des châtiments dont l'univers frémisse;

Qu'on tremble, en comparant l'offense et le supplice ;

Qu'e les peuples entiers dans le sang soient noyés.

Je veux qu'on dise un jour aux siècles effrayés :

» Il fut des Juifs; il fut une insolente race;

llépandus sur la terre, ils en couvraient la face ;

Un seul osa d'Aman attirer le courroux;

Aussitôt de la terre ils disparurent tous. » Ne crois pas que ce soit le sang amalécite

Dont la voix, en secret, à les perdre m'excite.

Je sais que, descendu de ce sang malheureux ,

Une éternelle haine a dû m'armer contre eux;

Qu'ils iirent d'Amalec un indigne carnage ;

nue jusqu'aux vils troupeaux, tout éprouvaleur rage

Qu'un déplorable reste à peine fut sauvé.

Mais crois-moi, dans le rang où je suis élevé ,

Mon âme, à ma grandeur tout entière attachée ,

Des intérêts du sang est faiblement touchée.

Mardochée est coupable: et que faut-il de plus?

Je pvévina donc contre eux l'esprit d'Assuérus;

J'inventai des couleurs; j'armai la calomnie; j'intéressai sa gloire : il trembla pour sa vie.

î l.c Juif SlarJiicliuc.

t AiSuCrtis, roi de Pc s Confident d'Aman.

Je les peignis puissants, riches, séditieux;

Leur dieu même, ennemi de tous les autres dieu*.

« Jusqu'à quand souffre-t-on que ce peuple respire,

Et d'un culte profane infecte votre empire?

Étrangers dans la Perse, à nos lois opposés,

Du reste des humains ils semblent divisés,

N'aspirent qu'à troubler le repos ol» nous sommes,

Et, délestés partout, détestent tous les hommes.

Prévenez, punissez leurs insolents efforts :

De leur dépouille, enfin, grossissez vos trésors. •

Je dis, et l'on me crut. Le roi , dès l'heure même, Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême. a Assure, me dit -il , le repos de ton roi : Va, perds ces malheureux ; leur dépouille est à toi.» Toute la nation fut ainsi condamnée; Du carnage avec lui je réglai la journée; Mais de ce traître , enfin , le trépas différé Fait trop souffrir mon cœur de son sang altéré. Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie. Pourquoi dix jours encor faut-il que je le voie?

le même. Estker, act. u, se. ne. ,

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