‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 498 sur 649 · MATHAN AVOUE A NABAL SON AMBITION, SES CRIMES ET SES REMORDS · texte numérisé non relu

MATHAN AVOUE A NABAL SON AMBITION, SES CRIMES ET SES REMORDS

Ami, peux-tu penser que d'un zèle frivole, Je me laiese aveugler pour une vaine idole; Pour un fragile bois, que, malgré mon secours, Les vers, sur son autel, consument tous les jours? Né ministre du dieu qu'en ce temple on adore 2, Peut-être que Mathan le servirait encore, Si l'amour des grandeurs , la soif de commander Avec son joug étroit pouvait s'accommoder.

Qu'est-il besoin , Nabal , qu'à tes yeux je rappelle De Joad et de moi la fameuse querelle , Quand j'osai contre lui disputer l'encensoir, Mes brigues, mes combats, mes pleurs, mon désespoir? ' Vaincu par lui, j'entrai dans une autre carrière, Et mon âme à la cour s'attacha tout entière. J'approchai par degrés de l'oreille des rois , Et bientôt en oracle on érigea ma voix. J'étudiai leur cœur, je flattai leurs caprices, Je leur semai de fleurs le bord des précipices; Près de leurs passions , rien ne me fut sacré : De mesure et de poids je changeais à leur gré. Autant que de Joad l'inflexible rudesse De leur superbe oreille offensait la mollesse, Autant je les charmais par ma dextérité, Dérobant à leurs yeux la triste vérité, Prêtant à leurs fureurs des couleurs favorables, Et prodigue surtout du sang des misérables.

Enfin , au dieu nouveau qu'elle avait introduit , Par les mains d'Athalie un temple fut construit. Jérusalem pleura de se voir profanée.

Des enfants de Lévi la troupe consternée En poussa vers le ciel des hurlements affreux. Moi seul, donnant l'exemple aux timides HébreuY, Déserteur de leur loi, j'approuvai l'entreprise, Et par là de Baal méritai la prêtrise. Par là je me rendis terrible à mon rival, Je ceignis la tiare et marchai son égal. Toutefois, je l'avoue, en ce comble de gloire, Du Dieu que j'ai quitté l'importune mémoire Jette encore en mon âme un reste de terreur ; Et c'est ce qui redouble et nourrit ma fureur. Heureux si , sur son temple, achevant ma vengeance, Je puis convaincre enfin sa haine d'impuissance; Et, parmi les débris, le ravage et les morts, A force d'attentats perdre tous mes remords!

racine. Alhalic, act. in, se. m.

Dieu des Juifs. (N. G,)

ET MORCEAUX ORATOIRES

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