‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 5 sur 649 · JUSQU'AU SEIZIEME SIECLE · texte numérisé non relu

JUSQU'AU SEIZIEME SIECLE

CONTES ET POESIES LYItlQUES.

Les poètes sont les premiers écrivains de toutes les nations. Les contes en vers et les chansons lurent une des premières formes sous lesquelles la poésie se manifesta en France, forme vraiment nationale , produit naïf du sol où la grâce et l'imagination provençale se réunissent souvent à la gaieté sensée et piquante du Nord. Les dicls, les lais , les complaintes , les fabliaux , furent des sous-divisions du conte : [es virelais, les ballades, et plus tard les triolets , les rondeaux , les quatrains, les chants royaux, etc., se rattachèrent à la chanson. Les contes étaient des récits d'aventures chevaleresques ou pastorales , et plus souvent bourgeoises et comiques. La féerie du Nord n'était pas étrangère aux premiers ; les désappointements conjugaux ou les gaillardises des moines faisaient presque toujours les frais des seconds. Les chansons étaient ou religieuses , ou morales , ou guerrières , ou bachiques ; la plus grande partie étaient galantes et erotiques.

La liste des trouvères qui s'exercèrent dans ces divers genres de poésie est très-considérable. Leur mérite, en général , 'c'est la naïveté, la franchise , la finesse, la gausserie ; leur défaut , c'est le prosaïsme , la trivialité , et cette obscurité qui tient à l'imperfection du langage. Remontez jusqu'en onze cent quatre-vingt-treize, vous trouverez les chansons et les fabliaux de Gautier de Coinsi. Sous saint Louis et sous Philippe le Hardi, Rulebeuf écrivit le dict d'Aristote et quelques dialogues en vers , comme la Dispute du croisé cldudécroisé. Jean de Boves, Durand, Cortebarbe, et Marie de France , le plus ancien de nos fabulistes, furent ses contemporains. Mais celui qu'on peut justement appeler le premier des poètes français, c'est Thibaut, comte de Champagne. La grâce , la pureté , la délicatesse dcscspaslour elles, de ses lensons, et de ses reverdies ou chants de mai, lui méritent ce titre. Il est le chef de ces nobles poètes qui crurent que l'éclat des talents ajoutait à l'éclat du nom. Près de lui

vinrent se ranger Charles d'Anjou, frère de saint Louis , le comte de Bretagne 'e vidame de Chartres, le comte de La Marche, le châtelain de Couey, monseigneur Gace Brûlé, et dans les siècles suivants , Charles d'Orléans , digne rival du comte de Champagne en esprit comme en noblesse , et qui le surpassa par la correction de son langage , Jean duc de Bourbon, Philippe duc de Bourgogne , Jean duc de Lorraine et René d'Anjou qui fut depuis roi de Sicile.

Tandis que ces poètes gentilshommes se rapprochaient surtout du genre des troubadours, les roturiers imitaient plutôt les trouvères. Parmi eux se distinguent Froissart, dont la prose est supérieure à ses essais de poésie ; Olivier Bacelin qui créa le vau-de-Vire , dont on a fait depuis le vaudeville; Alain Chartier qui contribua au perfectionnement de la langue , sans mériter pourtant ce baiser historique dont l'honora la.Dauphine Marguerite d'Ecosse pendant son sommeil , et la flatteuse justification qu'elle ajouta , en disant : « Ce n'est pas à l'homme que j'en veux, jpais « à la précieuse bouche de laquelle sont issus « et sortis tant de bons mots et vertueuses « paroles, t

Au reste , le quinzième siècle n'aurait rien à envier dans la poésie tendre et gracieuse à ceux qui l'ont suivi , si l'on parvenait à démontrer l'authenticité des écrits de Marguerile-Ëléonore- Clotilde de Surville de Vallon-Chalys , la plus brillante étoile de cette pléiade de l'einmes-poéics dont M. Vanderburgh a publié les frangmenls en 1802. Il est impossible de réunir à une plus profonde sensibilité, une plus exquise élégance de style ; les Vcrselcts à mon premier né, l'Héroide à Bérerqer , son époux, le Chant royal à Charles VII , plusieurs de ses rondeaux et de ses ballades sont les chefs-d'œuvre du genre; mais la perfection matérielle de la versification , le savant enchaînement et quelquefois la nature même des idées, empèchentde croireque le fond, non plus que la forme de l'ouvrage , appartiens au xve siècle.

RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE

François Villon , dont Boileau a dit qu'il sut le premier

Débrouiller l'art confus do nos vieux romanciers,

se fit remarquer par un caractère opposé. Débauché , gai compagnon , assez peu scrupuleux sur la différence du tien et du mien pour avoir mérité la corde , il écrivit des bouffonneries et des satires qui abondent en saillies plaisantes mêlées à des réflexions sensées et même mélancoliques. Il faut lire les Deux Testaments et les Franches repues. Le genre qu'il avait mis en vogue fut continué , mais avec plus d'art que de verve, par Coquillart , Pierre Faifeu , Guillaume Crétin, et plusieurs autres. Régnier, Marot, elle Mondain de Voltaire rappellent cette école.

Page 1