‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 501 sur 649 · FI.AINTES ET REPROCHES DE MARIE STUART A ELISABETH · texte numérisé non relu

FI.AINTES ET REPROCHES DE MARIE STUART A ELISABETH

Par où commencerai-je?Et commenta ma bouche Prêterai-je un discours qui vous plaise et vous touche? Accorde-moi, mon Dieu, de ne point l'offenser! Emousse tous les traits qui pourraient la blesser! Toutefois, quandd'un motmon destin peut dépendre, Sans me plaindre de vous, je ne puis me défendre. Uni , vous fûtes injuste et cruelle envers moi. Seule, sans défiance, en vous mettant ma loi, Comme une suppliante enfin , j'étais venue; Et vous, entre vos mains vous m'avez retenue. De tous les souverains blessant la majesté, Malgré les saintes lois de l'hospitalité, Malgré le droit des gens et la foi réclamée, Dans les murs d'un cachot vous m'avez enfermée. Dépouillée à la fois de toutes mes grandeurs, Sans secours, sans amis, presque sans serviteurs, Au plus vil dénûment dans ma prison réduite ; Devant un tribunal , moi reine, on m'a conduite. Enfin , n'en parlons plus : qu'en un profond oubli Tout ce que j'ai souffert demeure enseveli. Je veux en accuser la seule destinée.

Contre moi , malgré vous, vous fûtes entraînée; Vous n'êtes pas coupable, et je ne le suis pas; Un esprit de l'abîme, envoyé sur nos pas, A jeté dans nos cœurs cette haine funeste, Et des hommes méchants ont achevé le reste. La démence a du glaive armé contre vos jours Ceux donlon n'avait point invoqué le secours. Tel est le sort des rois : leur haine en maux féconde Enfante la discorde et divise le monde.

J'ai tout dil. C'est à vous, ma sœur, de nous juger. Enlrc nous maintenant il n'est point d'élranger. Nous nous voyons enfin. Si j'ai pu vous déplaire, Variez ; dites mes loris; je veux vous satisfaire.

Ah! que ne m'avez-vous dès l'abord accordé L'entretien par mes vœux si longtemps demandé ! Nous n'aurions pas, ma sœur, en ce jour déplorablr, Une telle entrevue et dans un lieu semblable.

p. le brun. Marie Stuart, act- »n, se. iv.

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