ABANDON , DESESPOIR ET TERREUR DE NERON
Mon trône est renversé!
De l'univers entier je me vois repoussé!
Me voilà seul portant la haine universelle!
Puisse- t-on ignorer le lieu qui me recèle;
Qu'au moins mes jours sauvés... Dois-je formel ces vœux"
N'avoir d'autres palais que ces caveaux affreux,
D'autre cour que le deuil, leur silence et leur ombre,
Et ne voir d'autre jour que cette clarlé sombre?
Ah ! celle vie horrible est semblable au trépas...
Oùsuis-je?unsongeaffreux...Non,non,jenedorspas:
De mon cœur soulevé c'est un secret murmure :
Je m'entends appeler meurtrier et parjure,
Je le suis... Mais quels cris, quels lugubres accents'
Une sueur mortelle a glacé tous mes sens...
Ne me trompé-je pas? Je crois voir mes victimes...
Je les vois; les voilà!... Du fond des noirs abîmes,
S'élancent jusqu'à moi des fantômes sanglants;
Us jettent dans mon sein des flambeaux,des serpents ;
Je ne puis me soustraire à leur troupe en furie...
Arrêtez!... Est-ce toi , vertueuse Octavie?
Tu suis contre Néron un trop juste rapport :
Qu'oses-tu m'annoncer? ah! je t'entends... la mort!
La mort! tu viens aussi me l'apporter, mon frère!
Mais que vois-je, grands dieux? Agrippine ! ma mère!
Tous les morts aujourd'hui sortent- ils du tombeau ?
Meurs! meurs! criez-vous tous. Quel supplice nouveau
Contre moi l'univers appelle la vengeance,
Et la tombe elle-même a rompu son silence!
Je n'en puis plus douter, la mort, la mort m'attend!
Et comment soutenir ce redoutable instant!
legodvé. Épieharis et Niren: act. v, se. iv.