‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 516 sur 649 · RICHELIEU · texte numérisé non relu

RICHELIEU

Un homme en qui l'audace aux talents fut unie, Sujet par sa naissance, et roi par son génie , Avait du nom français commencé la splendeur, Et préparé pour moi 2 ce siècle de grandeur. Cet homme est Richelieu, ministre despotique, Profond dans ses desseins , fier dans sa politique , Qu'il fallut à la fois admirer et haïr; Qui , parmi les complots , sut se faire obéir; En dégradant son roi , releva la couronne ; Du pouvoir d'un sujet fit hériter le trône; Combattit et l'Espagne , et l'Autriche, et les grands, Et, sans aimer le peuple, écrasa ses tyrans. Il ébranla l'Europe , et sut calmer la France. Tandis que des Césars il sapait la puissance, La mort l'interrompit dans son vaste projet. Son maître, qui ne fut que son premier sujet, Qui , faible dans sa cour, partout ailleurs fut brave , Sans oser être libre, indigné d'être esclave, A ce ministre-roi donnant peu de regrets , Dans la nuit du tombeau l'avait suivi de près 3.

LE MÊME. Ibid.

RICHELIEU ET MAZAMN.

Henri, dans ce moment, voit sur les fleurs de lis Deux mortels orgueilleux auprès du trône assis ; Ilstiennentsous leurs pieds toutunpeupleàlachaîne; Tous deux sont revêtus de la pourpre romaine; Tous deux sont entourés de gardes, de soldats : H les prend pour des rois.« Vous ne vous trompez pas, Ils le sont, dit Louis *, sans en avoir le titre; Du prince et de l'État l'un et l'autre est l'arbitre.

1 Voyez Caractères, en prose.

2 c'est Louis qui parle. IN. E.)

5 Voyez , en prose. Caractères ou Portraits. 4 C'est saint Louis qui parle à Henri IV. il». E.)

Richelieu, Mazarin, ministres immortels, Jusqu'au trône élevés de l'ombre des autels, Enfants de la fortune et de la politique, Marcheront à grands pas au pouvoir despotique. Richelieu, grand, sublime , implacable ennemi; Mazarin, souple, adroit, et dangereux ami : L'un fuyant avec art, et cédant à l'orage; L'autre aux flots irrités opposant son courage : Des princes de mon sang ennemis déclarés ; Tous deux haïs du peuple, et tous deux admirés; Enfin, par leurs efforts , ou par leur industrie, Utiles à leurs rois , cruels à la patrie 5. »

voltaire. Henriade, ch. vu.

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